Lecture n°47 : Brain Rules par John Medina


 

47ème lecture du Personal MBA, et première du cycle Esprit Humain. On ouvre avec John Medina qui nous livre une vulgarisation de 100 ans de recherche sur le fonctionnement du cerveau. C’est parti.

 

Introduction

 

Le but de ce livre est de nous présenter les 12 choses que nous savons au sujet du fonctionnement du cerveau. John Medina les appelle les Règles du Cerveau.

Pour chaque règle, John Medina nous explique comment la science a mis la main sur ces informations et explore des idées pour montrer comment la règle pourrait être appliquée dans nos vies quotidiennes.

Clairement, ce livre offre des pistes pour la recherche, mais ne donne pas des conseils arrêtés puisque nous n’en savons pas assez au sujet du cerveau pour avoir un avoir un avis définitif. Mais ce livre va essayer de nous vacciner contre des idées reçues, comme la distinction entre le cerveau gauche et droit ou le fait de passer de la musique classique à nos enfants pour les rendre plus intelligents.

Nous savons peu de choses au sujet du cerveau, mais au moins nous savons une chose : le cerveau a été créé pour nous aider à résoudre des problèmes liés à la survie dans un environnement instable, en mouvement constant. Tous les sujets dans ce livre sont liés à ce besoin de survie.

Toutes les règles décrites dans ce livre s’appuient sur des études qui sont parues dans des revues de référence. Ces études montrent une chose : si nous devions créer un environnement éducatif qui soit compatible avec les règles énoncées dans ce livre, nous concevrions quelque chose à l’opposé d’une classe ; si nous devions créer un environnement de travail qui soit compatible avec ce que le cerveau est bon à faire, nous concevrions quelque chose à l’opposé d’un “cubicle”.

 

Règle n°1 : Exercice, pour augmenter la puissance du cerveau

 

Y a-t-il un lien entre l’exercice physique et la vivacité d’esprit ? La réponse est oui.

Il n’y a qu’un seul fait pour lequel tous les paléontologues sont d’accord : nous avons bougé. Quand nos forêts ont commencé à se réduire, et avec elles nos sources de nourriture, nous avons été forcés à bouger. Entre 10 et 20 kilomètres par personne, disent certains anthropologues. Notre cerveau ne s’est donc pas développé quand nous étions tranquillement au repos mais parce que nous étions en mouvement.

Notre cerveau s’est développé parce que nous étions en bonne condition physique, en mouvement constant. Si notre cognitivité s’est développée grâce à l’activité physique, est-ce que l’activité physique influence toujours notre cognitivité ? La cognitivité d’une personne en bonne condition physique est-elle la même d’une personne en mauvaise condition ? Et que se passe-t-il quand une personne en mauvaise condition physique fait de l’exercice et revient en forme ?

John Medina se propose de répondre à six questions qui ont fait l’objet de nombreuses études pour en savoir plus :

– Existe-t-il un facteur qui peut prédire comment nous allons vieillir ?

Oui, ce facteur existe : c’est la présence ou non d’un style de vie sédentaire. De l’exercice physique améliore les performances cardiovasculaires, qui réduisent le risque d’arrêts cardiaques ou d’infarctus.

– Est-ce que les personnes qui vieillissent bien gardent leur vivacité d’esprit ?

Tous les tests mentaux ont été effectués. Peu importe ce qui a été mesuré, la réponse est oui, à savoir qu’une vie d’exercice physique peut avoir pour conséquence une incroyable amélioration de la performance cognitive.

Les personnes qui font de l’exercice ont des performances supérieures à des gens qui n’ont font pas dans tous les tests qui mesurent la mémoire à long-terme, le raisonnement, l’attention, la résolution de problèmes… Pour résumer, faire de l’exercice améliore toutes les compétences qu’on nous demande d’avoir à l’école.

Toutes les capacités cognitives ne sont pas améliorées grâce à l’exercice physique. Par exemple, la mémoire immédiate et certains temps de réaction mentale ne sont pas liés à l’activité physique.

– Est-ce qu’il est possible de permettre un retour à la normale des capacités mentales d’une personne sédentaire quand elle reprend une activité physique ?

La réponse est oui. Les personnes sédentaires qui se remettent aux exercices physiques voient leurs capacités mentales revenir à la « normale ». En laboratoire, il a été montré que le standard se trouve autour de deux à trois séances de fitness de 30 minutes par semaine. Cela dépend bien sûr des individus.

L’exercice permet même de prévenir les maladies mentales, comme Alzheimer. Suivre les exercices de fitness avec la régularité détaillée plus haut permet de réduire les risques d’Alzheimer de 60% ! 20 minutes de marche chaque jour permet de réduire les risques d’attaque cérébrale de 57%.

Au-delà de la prévention, de nombreux scientifiques se sont intéressés au rôle du sport dans le traitement de maladies mentales, comme la dépression ou l’anxiété. Des études de plus en plus nombreuses suggèrent que l’activité physique peut affecter ces deux maladies, notamment parce que cela régule le flux des trois neurotransmetteurs associés à la santé mentale : la sérotonine, la dopamine et la norépinéphrine. L’exercice ne peut se substituer à un traitement psychiatrique, mais de nombreux psychiatres incluent désormais le sport dans leur thérapie.

– Est-ce que l’exercice physique produit des effets pour toutes les personnes, quel que soit l’âge ?

Une étude s’est portée sur 10 000 fonctionnaires britanniques, âgés de 35 à 55 ans. Dans les résultats, il y a avait une corrélation entre la régularité et l’intensité des exercices physiques et les capacités cognitives. Ceux qui avaient des faibles niveaux de pratique physique avaient une faible performance cognitive.

Une étude a montré également que l’exercice rend les enfants plus alertes : ils identifient des stimuli visuels plus rapidement que les enfants sédentaires. Ils ont plus de concentration : les scanners de cerveau montrent que ces enfants allouent plus de ressources cognitives à une tâche et pour plus longtemps que les enfants qui ne font pas de sport.

Bien sûr, la performance académique dépend de nombreux ingrédients. On ne sait pas encore si le sport rentre dans les ingrédients principaux d’une forme d’excellence à l’école. Mais ces recherches nous permettent d’être optimistes.

Comment est-ce que l’exercice permet au cerveau d’être plus efficace ? Il faut revenir à l’ingestion de nourriture. La nourriture est transformée en partie en glucose, un type de sucre qui est la ressource énergétique préférée du corps humain. Le glucose et les autres produits métaboliques sont absorbés par le sang à travers les intestins. Les nutriments voyagent dans tous endroits du corps, où ils sont déposés dans les cellules qui constituent les différents tissus du corps humain. Les cellules utilisent le glucose pour puiser de l’énergie nécessaire à leur développement. Ce process implique la création de déchets, appelés les radicaux libres. S’ils ne sont pas éliminés, les radicaux libres posent de gros problèmes puisqu’ils sont même capables de faire muter notre ADN.

Ces radicaux libres sont absorbés par l’oxygène pour se transformer en dioxyde de carbone. Le dioxyde de carbone reste dangereux, mais il est transportable par le sang. Le cerveau, qui ne représente que 2% de la masse d’un corps humain, utilise 20% du glucose. Le cerveau a donc grandement besoin d’un sang très oxygéné pour évacuer les déchets sous forme de dioxyde de carbone. Et l’exercice permet d’améliorer le système sanguin. Les veines et artères peuvent en effet être améliorées à travers un exercice physique régulier. L’exercice ne donne pas accès à l’oxygène ou à la nourriture, mais l’exercice favorise l’accès.

Comment cela fonctionne ? En plein exercice physique le flux sanguin augmente dans les tissus de notre corps. Plus le flux augmente, plus le corps va créer de nouveaux canaux qui iront de plus en plus profondément dans nos tissus. Plus nous faisons de l’exercice, plus nous pouvons nourrir de tissus et y récupérer les déchets. C’est pareil dans le cerveau.

L’exercice a aussi un autre effet très spécifique sur le cerveau. L’exercice favorise la création d’une protéine appelée BDNF pour « brain derived neurotrophic factor » qui garde les neurones jeunes et en bonne santé. Le BDNF encourage aussi la création de nouveaux neurones.

De toute évidence, l’exercice est très important pour notre performance cognitive. Le problème, c’est que le progrès de notre civilisation a amené des effets secondaires, notamment le fait d’arrêter l’exercice physique comme pouvaient le faire régulièrement nos ancêtres. Nous ne sommes pas faits pour rester assis 8 heures en classe ou dans un cubicle. Nous n’avons pas eu des millions d’années pour nous adapter à notre mode de vie sédentaire. Intégrer de l’exercice dans nos 8 heures à l’école ou au bureau ne nous permettra pas d’être plus intelligent, cela nous permettra d’être normaux !

Alors John Medina se permet de lancer quelques idées en cette fin de chapitre. Pourquoi ne pas faire cours à des élèves qui ne seraient pas assis mais plutôt en train de marcher sur des tapis roulants ? La même idée pourrait être appliquée au bureau, où les entreprises pourraient installer des tapis roulants et encourager les pauses, matin et après-midi, pour aller faire un peu d’exercice physique.

 

Règle n°2 : Survie, car le cerveau a évolué, lui aussi

 

Pour rappel, le cerveau a été conçu pour résoudre des problèmes, liés à la survie, dans un environnement extérieur très instable, le tout en se déplaçant. Le cerveau s’est adapté de cette façon comme une stratégie de survie, pour permettre à nos gènes de passer plus facilement d’une génération à une autre.

Les scientifiques estiment que 99,9% des espèces ayant jamais vécues sur cette planète sont éteintes. Notre corps et notre cerveau se sont jetés sur n’importe quelle adaptation génétique qui nous permettrait de survivre plus longtemps. Toutes les « Brain Rules » découlent de ce constat, et cela explique comment nous avons conquis le monde.

Il y a deux façons de surmonter la cruauté de l’environnement : devenir plus fort ou devenir plus intelligent. Nous avons fait le second choix. Nous nous sommes différenciés du singe en utilisant le raisonnement symbolique.

Judy DeLoache, une chercheuse en psychologie, lui donne le nom de Théorie de Représentation Duale. Cette théorie décrit la capacité que nous humains avons à attribuer des caractéristiques et des significations à des choses qui ne les possèdent pas. Dis simplement, nous faisons preuve de fantaisie. Nous sommes tellement excellents à la Représentation Duale que nous combinons les symboles pour former le langage ou pour raisonner mathématiquement. Cela nous donne la capacité à faire de l’art. La combinaison de points devient la musique. La combinaison de lettres devient la poésie. Le raisonnement symbolique est la première marche à la création culturelle. Aucune autre créature n’en est capable.

Cette capacité n’est pas complètement formée à la naissance. DeLoache l’a montré d’une façon extrêmement intéressante. Elle montrait à une fille une maison de poupée, sous laquelle la scientifique plaçait un chien sous un lit. Puis ensuite elle demandait à la petite fille de se rendre dans la pièce d’à côté, où la chambre de la maison de poupées avait été reconstituée en taille réelle. Dans cette pièce, un chien en peluche avait été placé sous le lit. Une fillette de 36 mois est capable de retrouver le chien (et donc de comprendre que la maison de poupées représente une maison normale) tandis qu’une fille de 30 mois en est incapable.

Les études montrent que la représentation duale demande 3 ans d’apprentissage.

Le raisonnement symbolique est un outil très versatile. Avec les mots et le langage, nous avons pu extraire des connaissances de notre environnement sans en subir les méfaits directement. Cela fait sens que le cerveau ait alors choisi de garder cette capacité pendant notre évolution.

Il y a 40 000 ans, les connaissances de l’être humain se limitaient à quelques outils pour faciliter la chasse. Mais un changement eut lieu soudainement : l’homme se mit à peindre, à sculpter des choses et à créer des bijoux. Depuis lors, les connaissances de l’homme se sont développées de manière exponentielle.

Il n’y a pas d’explications certaines sur ce qui a provoqué un tel changement dans nos capacités, si soudainement. La plus plausible est qu’un changement de climat nous a forcé à descendre de nos arbres et à nous disperser pour chasser de plus en plus loin. Ce fut une stratégie brillante : plutôt que d’apprendre à survivre dans une ou deux niches écologiques, nous avons conquis le monde.

Le bipédisme et nos grosses têtes nous ont permis de faire ça. Notre cerveau dispose de deux caractéristiques qui nous permettent d’apprendre très vite : une base de données de connaissances et la capacité à improviser à partir de cette base de données. Les deux nous permettent d’apprendre même face à des situations changeantes. Mais d’autres espèces créent des outils et disposent d’une base de données de connaissances, et pourtant elles n’écrivent pas des symphonies. Ce qui a fait la différence, c’est notre capacité à nous tenir sur nos deux jambes.

Cela a libéré nos mains, mais cette posture est plus efficace en termes de consommation d’énergie. Cette énergie libérée a pu être consommée par notre cerveau.

Notre cerveau s’est alors développé, notamment sur une zone spécialisée du lobe frontal, juste derrière le front, qui est appelée le cortex préfrontal. Cette zone nous sépare des animaux. Elle gouverne des fonctions uniques à l’homme, appelées fonctions exécutives : la résolution de problèmes, le maintien de l’attention, l’inhibition des pulsions émotionnelles.

Comment est structuré notre cerveau ?

 

cerveau

 

Notre structure neurale la plus ancienne est appelée le cerveau reptilien. Ses neurones régulent la respiration, le rythme cardiaque, le sommeil et la marche. Ils sont toujours actifs.

Le cerveau paléomamalien apparaît chez l’homme comme chez de nombreux mammifères. Il gère nos instincts de survie : se battre, se nourrir, fuir, se reproduire…

L’amygdale est responsable de la création des émotions et des souvenirs que cela génère. L’hippocampe convertit les souvenirs court-termes en des notions long-termes. L’œuf au centre de notre cerveau est le thalamus, la tour de contrôle de nos sens.

Au-dessus de tout cela repose le cerveau humain, le cortex. C’est la surface de notre cerveau. Les scientifiques ont découvert qu’au cours de notre évolution, la taille de notre tête a augmenté. Le problème avec ça est que l’élargissement des hanches n’a pas suivi : faire naître un enfant est toujours un acte extrêmement risqué. La solution a donc été de donner naissance tant que le cerveau de l’enfant est suffisamment petit. Le problème avec cette solution : l’homme est pendant de longues années un enfant. Le cerveau peut continuer à se développer en dehors de l’utérus, mais l’homme est vulnérable pendant plus de dix ans.

L’arrivée de l’enfance a inventé le concept d’apprenant, mais aussi de professeur. Cela a été dans nos meilleurs intérêts d’apprendre bien, notre survie génétique dépendait de notre capacité à bien éduquer nos enfants.

Sans pouvoir devenir l’espèce la plus forte, l’homme a appris la collaboration. Tuer un mammouth est impossible pour un homme seul, mais pour une bande…

Prendre soin de notre descendance et de nos compagnons nous a permis également de comprendre les les états émotionnels et psychologiques des personnes qui nous entourent. Nos prouesses intellectuelles, du langage à l’art en passant par les mathématiques, viennent peut-être du besoin que nous avons de comprendre la psychologie des gens qui nous entourent.

De cette idée, nous pouvons prendre l’hypothèse que notre capacité à apprendre prennent racines dans nos capacités relationnelles. Si c’est le cas, notre capacité d’apprentissage peut être profondément affectée par l’environnement émotionnel. Il y a des données empiriques pour supporter ce fait. La qualité de l’éducation dépend en partie de la relation entre l’étudiant et le professeur.

Il est incroyable que cela vienne d’un changement de climat. Mais cela nous a permis de comprendre comment les humains ont acquis des connaissances : nous avons tiré partie d’une base de données à partir de laquelle nous avons improvisé, avec la capacité croissante de penser symboliquement.

 

Règle n°3 : Connexion, tous les cerveaux sont connectés différemment

 

Ce chapitre va se concentrer sur ce qui se passe dans le cerveau quand nous sommes en apprentissage.

Nous partons de l’ADN. L’ADN permet à nos cellule d’avoir plusieurs options de carrière. Une cellule peut contribuer dans notre foie, ou peut être affectée à notre flux sanguin, ou encore à devenir une neurone.

Entre chaque neurone, au niveau du synapse, il y a des neurotransmetteurs qui sont produits par un neurone quand il est stimulé électriquement. Le neurone qui reçoit ces molécules peut réagir positivement ou négativement. Dans le premier cas, le signal va être transféré dans le prochain synapse.

Le process d’apprentissage a été démontré par un scientifique du nom de Kandel, qui a reçu le prix Nobel pour ça. Quand les gens apprennent quelque chose, le câblage dans leur cerveau change. Kandel a montré que le moindre apprentissage, même de quantités infimes d’informations, a pour conséquence l’altération de la structure des neurones impliquées. Le cerveau est réorganisé. Les neurones se connectent les uns aux autres pour faciliter le transfert synaptique.

Charles Darwin avait montré que le cerveau d’un animal domestique est de 15 à 30% plus petit que celui d’un animal de la même espèce mais dans un environnement sauvage. Cet environnement a forcé les animaux sauvages à apprendre constamment, ce qui a câblé leur cerveau différemment.

C’est la même chose avec les humains. Un violoniste voit la zone dans son cerveau responsable de sa main gauche (la main qui joue sur les cordes) extrêmement développée, alors que la zone de la main droite est comme anorexique en comparaison.

Conclusion : le cerveau est comme un muscle. Plus nous l’utilisons, plus il va grossir et se complexifier.

Quand les bébés naissent, leurs cerveaux connaissent le même nombre de connections qu’un adulte. A 3 ans, les connections dans des régions spécifiques de leur cerveau ont doublé ou triplé. A 8 ans, retour à la normale. Durant la puberté, c’est le retour du développement du cerveau, dans des zones très différentes.

Dans analyses poussées montrent que d’une personne à l’autre, les schémas de croissance de zones du cerveau différent en rythme et en géographie.s

Nous naissons avec un certain nombre de « circuits » déjà mis en place. Ils contrôlent les fonctions basiques comme la respiration, le rythme cardiaque, ou notre capacité à savoir où est notre pied même sans le regarder. Les chercheurs appellent ça le connexions indépendantes de l’expérience. Le cerveau laisse une partie de sa construction neuronale inachevée à la naissance, attendant que l’expérience puisse l’activer. Ces connexions en attente d’expérience sont liées à des domaines comme l’acuité visuelle et peut-être l’acquisition du langage. Nous avons aussi des connections dépendantes de l’expérience, c’est-à-dire de la culture dans laquelle nous évoluons.

Les connexions du cerveau, même chez de vrais jumeaux qui ont grandi dans le même environnement, ne sont pas identiques. L’apprentissage donne des changements physiques au sein du cerveau, et ces changements sont uniques à chaque individu. Même des jumeaux n’ont pas le même cerveau.

Est-ce que le fait que tous les cerveaux sont configurés différemment impacte l’intelligence ? L’intelligence a de multiples facettes. Il y a au moins 7 catégories d’intelligence : verbale / linguistique, musicale / rythmique, logique / mathématique, spatiale, kinétique, interpersonnelle et intrapersonnelle. Les scientifiques sont incapables de savoir, si nous sommes bons en musique, si nous serons intelligents en spatialité.

Les tentatives de cartographie du cerveau sont aussi très difficiles : nous ne pouvons prédire avec précision les zones géographiques du cerveau responsables de telle ou telle fonction parce que deux cerveaux ne sont pas câblés de la même façon. Par exemple, les gens bilingues ne stockent pas leur français ou leur anglais au même endroit du cerveau !

Etant donné ces découvertes, est-ce que cela fait sens que le système scolaire s’attende à ce que chaque cerveau apprenne comme les autres ?

Le système actuel est fondé sur une série d’attentes : des objectifs d’apprentissage doivent être atteints avant un certain âge. Mais ces objectifs ne prennent pas en compte le fait que des étudiants du même âge ont une structure neuronale complètement différente. Par exemple, il a été démontré que 10% des écoliers n’ont pas suffisamment de connections neuronales pour savoir lire à l’âge où le système scolaire souhaite lire.

John Medina propose de réduire la taille des classes, car un seul professeur ne peut gérer autant de cerveaux différents qu’aujourd’hui. Il est tout à fait possible que de plus petites classes permettent aux élèves d’avoir une meilleure performance puisque le professeur peut mieux savoir où en est chaque élève.

Individualiser l’éducation n’est pas une idée nouvelle, mais le système actuel d’éducation a été mis en place pour formater tous les élèves, pas pour les accompagner dans leurs individualités.

 

Règle n°4 : Attention, nous ne faisons pas attention aux choses ennuyantes

 

Plus le cerveau fait attention à un stimulus, plus cette information sera retenue et codée de manière élaborée. Une meilleure attention mène à un meilleur apprentissage.

Des études confirment qu’au bout d’un quart d’heure dans une présentation typique, les gens décrochent. Le cerveau semble faire des choix en fonction d’un timing inscrit dans notre culture et dans nos gènes. Cela suggère que pour aller au-delà de ce quart d’heure, nous devons trouver un moyen de prolonger l’attention des gens si nous souhaitons leur apprendre quelque chose.

Les messages qui attirent notre attention sont connectés à notre mémoire, à nos intérêts et à notre prise de conscience.

Ce à quoi nous faisons attention est lié, très souvent, à notre mémoire. Dans la vie de tous les jours, nous utilisons nos expériences passées pour prédire là où nous souhaitons faire attention.

Avoir de l’intérêt pour quelque chose ou le considérer comme important est lié à notre attention. Les chercheurs parlent d’excitation. Il est difficile de savoir comme l’intérêt et la concentration sont liés. Nous savons que le cerveau scanne constamment ce qu’il se passe, pour comprendre si les événements sont importants ou non. Mais est-ce que l’inverse peut se passer, à savoir que l’attention crée l’intérêt ? Les professionnels du marketing pensent que non. Ils savent depuis des années qu’un nouveau stimulus est une façon très puissante de capter l’attention.

Bien sûr, nous devons avoir conscience de quelque chose pour lui prêter attention.

Que se passe-t-il dans nos têtes quand nous tournons notre attention vers quelque chose ?

Il y a trente ans, un scientifique appelé Michael Postner a posé l’hypothèse que nous faisons attention à quelque chose à cause de l’existence de trois système séparés mais complètement intégrés dans le cerveau.

Le premier système est dédié à la surveillance et à l’alerte. Il surveille l’environnement pour y détecter des activités inhabituelles. Si le système détecte quelque chose d’inhabituel, il peut lancer une alerte qui peut être entendue dans tout le cerveau. L’alerte fait en sorte que toute notre attention se tourne vers cet événement. C’est à ce moment que le deuxième système se met en marche. Son objectif est de recueillir des informations sur le stimulus pour choisir comment nous allons réagir. Cette réaction est l’objet du troisième système, en fonction de la nature du stimulus.

Les événements chargés en émotions sont ceux dont nous allons le mieux nous souvenir. Quand le cerveau détecte ce genre d’événement, l’amygdale rejette de la dopamine dans le système nerveux. La dopamine aide grandement la mémoire et le process d’informations.

Les événements chargés en émotion sont de deux types : ceux qui sont interprétés de la même manière de manière universelle ou non. Cette première catégorie nous vient directement de notre héritage culturel et génétique, et a le plus gros potentiel à être utilisée dans le business ou l’apprentissage.

Le cerveau se souvient toujours de la composante émotionnelle d’un message avant même les détails. Avec le temps, nous nous souviendrons toujours plus de l’émotion convoyée par un message que par le contenu factuel du message. De même, les détails vont passer au second plan face au sens général formé par ces détails. Ainsi le savoir n’est pas seulement un liste de concepts ou de formules désorganisés dans le cerveau, mais cette liste s’articule autour de grandes idées dont le cerveau se rappelle en premier.

Le cerveau est d’ailleurs incapable de faire du « multitâche ». Les gens qui ont l’impression de faire du multitâche sont en réalité des gens qui ont de bonnes mémoires de travail, capables de faire attention à des inputs différents rapidement, mais toujours un à la fois. Les études montrent qu’une personne qui est interrompue dans son attention met 50% de temps supplémentaire à réaliser une tâche, avec des taux d’erreur plus élevés de 50%.

Le cerveau aussi a besoin de repos : il est incapable de traiter beaucoup d’informations en continu. C’est une erreur régulière en communication : donner trop d’informations, sans laisser le temps aux gens d’y réfléchir.

Face à toutes ces découvertes, John Medina propose un modèle de cours fondamentalement différent de ce qui est pratiqué aujourd’hui : chaque cours doit être donné par segment de 10 minutes. Chaque segment s’articule autour d’une grande idée ou d’un concept simple, explicable en une minute, et chargé en émotion. Les neuf autres minutes de chaque segment pourraient être utilisées pour rentrer dans le détail. Après les dix premières minutes, une action spécifique doit être entreprise pour relancer l’attention.

Comme le cerveau processe les idées générales avant les détails, l’idée générale doit être complètement exposée avant de rentrer dans le détail.

Il est très important que le professeur explique le plan du cours en amont, avec des répétitions régulières pour situer les élèves dans le déroulé du plan. Cela va éviter aux élèves de faire du multi-tâche.

Toutes les dix minutes, il faut raccrocher les élèves au contenu en utilisant le pouvoir des émotions.

Le cerveau étant un processeur séquentiel, incapable de faire attention à deux choses à la fois, il est surprenant que les écoles de commerce et les universités louent l’intérêt du multitâche. La recherche montre clairement que cela diminue la productivité. Au travail, nous devons essayer de créer une zone libre de turbulences, sans emails, sans téléphone, sans chat, et voir si nous arrivons à produire plus.

 

Règle n°5 : Mémoire immédiate, répéter pour se souvenir

 

Le cerveau a de nombreux systèmes mémoriels semi-autonomes. Nous savons peu de choses sur la façon dont ils se coordonnent. La mémoire n’est simplement pas un phénomène unitaire.

Nous en connaissons le plus sur la mémoire déclarative, qui implique quelque chose que nous pouvons déclarer, comme « le ciel est bleu ». Ce type de mémoire implique 4 étapes, l’encodage, le stockage, le souvenir et l’oubli. Ce chapitre concerne la première étape.

Quand les chercheurs veulent mesurer la mémoire, ils mesurent généralement le souvenir. C’est évident : pour mesurer si quelqu’un a bien enregistré une information, nous devons lui demander si elle s’en souvient.

Des scientifiques ont montré que les souvenirs ont différentes durées de vie. Des souvenirs restent quelques minutes, puis disparaissent. D’autres durent plusieurs jours ou mois, voire la vie entière. La durée de vie d’un souvenir peut être prolongée en répétant l’information à des intervalles réguliers. C’est le temps entre chaque répétition qui est le composant critique pour transformer les souvenirs temporaires en des formes plus persistantes. L’apprentissage par intervalle de temps est très efficace.

Une personne, pourtant, ne se rappelle pas de la même façon comment faire du vélo et son numéro de sécurité sociale. Nous devons être pleinement conscients quand nous essayons de nous rappeler de notre numéro de sécurité sociale, alors que faire du vélo semble inconscient, nous ne devons pas faire d’effort particulier pour se souvenir de la façon dont nous avançons sur un vélo.

Il y a donc deux types de mémoires : déclarative, pour les choses dont nous devons être conscients pour s’en souvenir, et non-déclaratives, comme pour le vélo.

La mémoire déclarative fonctionne en quatre étapes : codage, stockage, souvenir et oubli. Le codage décrit le moment où notre cerveau rencontre pour la première fois une nouvelle information.

La plupart des gens pensent que le cerveau est comme un enregistreur : il suffit d’appuyer sur un bouton et tout est enregistré. Rien n’est plus faux. Le moment où nous apprenons quelque chose est si mystérieux et complexe qu’il n’y a pas de métaphore pour le décrire.

Dans le cerveau, le contenant est stocké dans un endroit différent du contenu. Le cerveau déconstruit la relation contenant / contenu, alors que le monde nous apparaît de manière unifiée. Les scientifiques appellent ça le problème de liaison, d’après le fait que certaines pensées sont liées, même si dans des endroits différents du cerveau, pour donner de la continuité à nos pensées.

D’un point de vue physiologique, le codage est la conversion de sources externes d’énergie en schémas électriques que le cerveau peut comprendre. D’un point de vue purement psychologique, c’est la façon dont nous appréhendons, faisons attention, et organisons l’information avec un objectif de stockage. Des deux perspectives, le codage prépare l’information à être processée.

Il y a de nombreuses façons de coder l’information. Le codage sémantique fait appel à la définition des mots. Le codage phonémique utilise une comparaison entre les sons des mots. Le codage structurel utilise une inspection visuelle des formes.

Le codage utilise tous nos sens, et les centres de process des sens sont dispersés à travers tout le cerveau. Mais tous les process de codage partagent trois principes.

Plus nous codons l’information de manière élaborée au moment de l’apprentissage, plus fort est le souvenir.

 

mots

 

Par exemple, si nous demandons à un premier groupe de déterminer le nombre de lettres qui ont des lignes diagonales et le nombre de lettres qui n’en ont pas, et si nous demandons à un deuxième groupe de noter chaque mot de 1 à 10 en fonction de s’ils aiment ou non chaque mot, et qu’ensuite nous demandons à chaque groupe de se souvenir des mots de la liste, alors le deuxième groupe va être meilleur que le premier, dans tous les cas, et dans toutes les expériences reproduites en laboratoire. Le groupe qui s’intéresse au sens des mots a toujours de meilleurs résultats que le groupe qui s’est intéressé à la structure des lettres.

Dis autrement, nous nous rappelons des choses bien plus facilement dès que nous les codons de manière élaborée, surtout si nous la personnalisons. L’astuce pour les professionnels comme pour les professeurs est de présenter de l’information de manière tellement intéressante que le public réalise l’encodage lui-même de manière spontanée et complexe.

– Un souvenir est stocké dans les mêmes parties du cerveau qui ont perçu et processé l’information initiale

Les chemins neuronaux qui servent à processer des informations nouvelles finissent par être les chemins que réutilisent le cerveau pour stocker l’information.

– Le souvenir peut être amélioré en répliquant les conditions du codage initial

La qualité du codage peut être métaphoriquement représentée par le nombre de poignées que nous installons sur une porte qui donne accès à une information. Plus nous créons des poignées au moment de l’apprentissage, plus cette information peut être facilement disponible plus tard. Les poignées impliquent du contenu, des moments et l’environnement.

John Medina nous donne, à la lumière de ces informations, quelques conseils. Quand nous essayons de retenir une information, nous devons nous assurer que nous comprenons bien de quoi il s’agit. Même chose si nous essayons de faire rentrer cette information dans le cerveau de quelqu’un, il faut être sûr qu’il comprenne bien le sens de cette information, sinon nous allons échouer.

Comment améliorer sa communication de telle façon que l’apprentissage est amélioré ? Une astuce est de faire appel à des exemples réels, en mettant régulièrement des faits en face des concepts que nous essayons de faire apprendre. Cela peut être fait après le cours, dans le cas d’une classe, ou directement par le professeur en cours. Plus l’exemple est personnel plus l’information est codée fortement et plus facilement nous pourrons nous en souvenir.

Pourquoi est-ce que les exemples fonctionnent ? Ils exploitent les tendances naturelles du cerveau à faire correspondre des schémas mentaux : une information est processée plus rapidement si elle est déjà présente dans le cerveau de la personne qui apprend.

Un autre conseil est de ciseler nos introductions, vu que l’information va commencer à être encodée dès la première seconde.

Des idées concernant les méthodes d’apprentissage seraient de réaliser, par exemple, des formations de mécanique directement dans l’atelier, ou de faire réviser un oral par des interrogations orales.

 

Règle n°6 : Mémoire à long terme, se souvenir pour répéter

 

La mémoire immédiate est un ensemble de mémoires travaillant en parallèle et spécialisée dans un type d’information. On parle aussi de la mémoire immédiate comme de la mémoire de travail. Un premier composant sert à se souvenir d’une information auditive, un second composant à une mémoire visuelle, et un troisième composant garde la trace de toutes les activités qui ont traversé la mémoire de travail.

Les scientifiques ne sont pas forcément d’accord sur le nombre de composants capables de processer de la mémoire en parallèle mais ils sont d’accord sur le fait que ces composants ont une capacité limitée, et stockent l’information pour une durée limitée. Si l’information n’est pas transformée dans une forme durable, elle va disparaître. La répétition est un des moyens utilisables pour transformer l’information de la mémoire de travail en souvenir durable. C’est le process de consolidation.

Comme la mémoire de travail, il y a de nombreux types de mémoire long-terme. Par exemple, les scientifiques s’accordent sur la l’existence de la mémoire sémantique (se rappeler de la couleur de robe préférée de notre vieille tante), la mémoire épisodique (se rappeler d’épisodes entiers de notre vie, avec ses intrigues et ses personnages).

Quand nous nous rappelons d’un souvenir à long terme, ce dernier est retransformé dans un état instable, comme s’il était de nouveau dans notre mémoire de travail. Ces souvenirs doivent alors être de nouveau processés si nous voulons qu’ils retournent dans notre mémoire à long terme. C’est la reconsolidation. En d’autres termes, le stockage permanent n’existe que pour les souvenirs dont nous ne voulons pas nous rappeler. Cela veut dire, et certains scientifiques le pensent, que nous ne pouvons retenir une information pour toujours.

Nous avons deux façons de nous souvenir des choses stockées à long terme dans notre mémoire. Le premier modèle fonctionne comme une bibliothèque. Les données sont organisées. Le second modèle retrouve les données à partir de données fragmentées, comme sur une scène de crime. Les deux modèles sont utilisés conjointement par notre cerveau en fonction de la nature de l’information dont nous essayons de nous souvenir et du temps qu’il s’est écoulé depuis le stockage de cette dernière.

Peu de temps après le stockage d’un souvenir dans la mémoire long terme, il est possible pour nous nous de livrer une version détaillée de ce souvenir. C’est le modèle « bibliothèque ». Mais plus le temps passe et plus nous allons passer dans le mode « scène de crime ». Le temps efface les détails et nous sommes obligés d’essayer de nous souvenir de l’intégralité des faits à partir de fragments.

Pour créer des souvenirs à long terme qui soient fiables, nous pouvons utiliser la répétition. Le cerveau humain typique ne peut se souvenir de plus de sept fragments d’informations pour plus de 30 secondes. Si nous voulons étendre ces 30 secondes à plusieurs minutes, nous allons devoir nous exposer de nouveaux à cette information. Mais cela ne fait que prolonger l’information dans la mémoire de travail.

John Medina explique ce que nous pouvons faire pour nous souvenir plus longtemps d’une information : ne pas la garder pour soi. Fils d’un militaire de l’USAF, il a vu de ses yeux un crash sur une base aérienne, quand il était jeune. Ce crash avait tué 8 personnes. Un enfant ne pouvait pas garder pour lui cette information. Et c’est cet ingrédient clé, à savoir une réexposition inconsciente aux faits en les racontant à son entourage qui lui a permis de s’en souvenir encore aujourd’hui, comme si c’était hier.

La mémoire est comme du ciment, elle prend du temps à se mettre en forme. Et quand l’apprentissage implique des périodes ininterrompues d’acquisition d’informations, les possibilités de confusion sont plus grandes puisque le ciment n’est pas encore frais.

La façon la plus puissante de stocker une information pour longtemps dans le cerveau est de s’y exposer régulièrement. Dans ce cas l’empreinte sur le ciment est renforcé. L’image initiale n’est pas altérée, et d’ailleurs plus de détails peuvent être intégrés. L’intervalle de temps doit quand même être conséquent. Ainsi, si nous avons dix créneaux de révision et une semaine avant un examen, il est préférable de disposer ces créneaux tout le long de la semaine.

La relation entre la mémoire et la répétition est claire. Il faut se réexposer aux informations si nous souhaitons nous en souvenir. Plus la réexposition est complexe, plus nous serons capables de nous en souvenir longtemps. A fortiori si la réexposition est réalisée à intervalles de temps réguliers.

La formation des souvenirs implique le lobe temporal et le cortex. Des neurones vont du cortex à l’hippocampe, qui est hébergé dans le lobe temporal. Des neurones font aussi le chemin inverse. Cette boucle permet à l’hippocampe de donner des ordres à des régions précédemment stimulées du cortex tout en glanant des informations de ces régions. Cette boucle nous permet également de garder des informations en mémoire, à long terme.

Les souvenirs à long terme se forment dans le cortex, après que l’information ait transité depuis le cortex vers l’hippocampe. Même quand nous dormons, l’hippocampe envoie les souvenirs dans le cortex de manière très intensive. La relation entre l’hippocampe et le cortex n’est terminée si seulement le souvenir est consolidé, durable et fixé. Cela peut prendre des années. Durant cette période, le souvenir n’est pas stable.

Le fait de se souvenir d’une information en particulier va réactiver la boucle entre le cortex et l’hippocampe, via les mêmes chemins neuronaux.

La dernière étape du process de mémorisation est l’oubli. Cette fonction joue un rôle crucial puisqu’elle nous permet de prioriser les informations nécessaires à notre survie. Si nous nous souvenions de tout, notre espace cognitif serait plein d’informations inutiles. Cette fonction nous a donc permis de mieux survivre et de conquérir la terre.

A la lumière de toutes ces découvertes, il serait intéressant pour améliorer les méthodes d’apprentissage de mener des recherches concrètes sur la période de réexposition à une information pour mieux s’en souvenir. Même au niveau du marketing, nous n’avons en effet aucune information sur le nombre de fois dont nous devons rappeler un message pour que les gens achètent un produit et s’en souviennent six mois plus tard.

A l’école, la journée d’un étudiant normal est segmentée en cinq ou six périodes de 50 minutes, qui consistent à avaler un flux d’informations constant. Peut-être que dans l’école du futur, les leçons seront divisées en modules de 25 minutes, répétés de manière cyclique à travers toute la journée. Le sujet A est enseigné pendant 25 minutes, c’es la première exposition. 90 minutes plus tard, le sujet A est enseigné de nouveau, puis une troisième fois. Tous les cours pourraient être segmentés et enchaînés de cette manière. Parce que cette façon de faire diminue le nombre d’informations qui peut être prodigué durant une journée, l’année scolaire sera prolongée pendant les vacances d’été.

Peut-être même que dans l’école du futur, tous les trois ou quatre jours une journée sera réservée à la révision des cours donnés sur les 72 ou 96 heures avant.

Il est bien possible que ces nouveaux modèles ne rendent plus nécessaires les devoirs à la maison. Les devoirs servent aujourd’hui à faire en sorte que les élèves répètent le contenu d’un cours. Si cette réexposition était réalisée durant la journée, il n’y aurait plus besoin de devoirs.

Nous ne savons pas si ces modèles vont fonctionner. Mais il faut tester. Peut-être que trois répétitions par jour sont positives. Peut-être que tous les sujets ne bénéficient pas de la même manière des répétitions. Peut-être qu’enchaîner différents cours et les répéter de manière cyclique nuit à l’apprentissage. Peut-être que nous avons besoin de vacances, peut-être pas, peut-être que nous avons besoin de répéter les cours précédents tous les trois ou quatre jours, peut-être pas.

Aujourd’hui on demande aux étudiants de savoir certaines choses arrivés à un certain âge. Le problème avec cet état de fait est que cela ne prend pas en compte la durabilité des apprentissages. Consolider une information dans le cerveau peut prendre des années.

 

Règle n°7 : Dormir, bien dormir c’est bien penser

 

Nous savons ce qui se passe quand nous ne dormons pas grâce à une maladie extrêmement rare qui touche 20 personnes dans le monde, jamais plus. Cette maladie s’appelle l’Insomnie Fatale Familière. Arrivée à l’âge adulte, la personne commence à se sentir fiévreuse et sue beaucoup. L’insomnie commence à s’installer et devient permanente. Les muscles deviennent incontrôlables, la personne devient anxieuse et tombe dans la dépression, avant de devenir pyschotique, de tomber dans le coma et de mourir.

Le sommeil occupe un tiers de notre temps sur la planète et pourtant nous ne savons toujours pas pourquoi nous avons besoin de dormir. D’ailleurs, le cerveau ne se repose jamais. Dans notre sommeil, il est plus que jamais actif.

Notre corps possède un ensemble d’horloges internes, toutes contrôlées par certaines parties du cerveau, et qui nous donnent un rythme régulier quant à nos besoins de sommeil et nos phases d’éveil. Ce rythme est le résultat d’un conflit entre deux forces qui s’opposent.

Une de ces forces est une armée de neurones, d’hormones et de molécules qui font tout ce qui est en leur pouvoir pour nous faire rester éveiller. C’est le système circadien. A cette armée s’oppose une autre armée elle aussi composée de neurones, d’hormones, de molécules, qui fait tout pour que nous allions dormir. C’est le besoin de sommeil homéostatique.

Dans cette bataille étrange, plus une armée contrôle le champ de bataille depuis longtemps, plus elle va perdre.

Cette bataille est supervisée par des forces internes et externes qui régulent le conflit. Ces forces décident pour nous la quantité de sommeil dont nous avons besoin et la quantité de sommeil que nous arrivons à avoir !

Il est très difficile de savoir de combien de sommeil une personne a besoin. Les scientifiques ont essayé de récolter des données pour en déduire des schémas directeurs. Mais aucun individu ne ressemble à un autre. De plus, la quantité de sommeil dont nous avons besoin change avec l’âge, le genre, le fait d’être enceinte, le fait de traverser des périodes hormonales puissantes (adolescence…). Il y a beaucoup de variables.

Il est plus intéressant de se poser la question : de combien de sommeil n’avons-nous pas besoin ? En effet, avec trop de sommeil ou pas assez, des choses mauvaises se passent au niveau de notre cerveau.

Les batailles entre les deux armées pour nous tenir éveillé ou nous endormir se déroulent 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Et les recherches montrent que la sieste de l’après-midi est une excellente idée : une sieste de 26 minutes améliore la performance d’un pilote de 34% d’après la NASA. Une autre étude montre qu’une sieste de 45 minutes produit une augmentation similaire de notre performance cognitive, une augmentation qui dure plus de 6 heures. Des chercheurs ont aussi montré que dormir 30 minutes avant de faire une nuit blanche nous permet de passer la nuit sans perte de performance cognitive. Si c’est ce qu’une sieste permet, imaginons les bénéfices d’une nuit complète de sommeil…

Des tonnes de données montrent qu’un sommeil suffisant peut améliorer grandement l’apprentissage, dans certaines tâches. Par exemple, des étudiants se sont vus donnés des exercices de mathématiques, avec une procédure pour les résoudre. Une donnée était cachée : une procédure plus rapide, un raccourci en quelque sorte, permettant de résoudre plus facilement les problèmes. En laissant 12 heures entre l’exposé des exercices et leur résolution, les étudiants qui ont dormi au moins huit heures sont trois fois plus nombreux à découvrir le raccourci que les étudiants qui n’ont pas dormi dans les 12 heures.

Un étudiant qui est dans le meilleur décile de sa promotion et qui voit ses heures de sommeil réduites à à peine sept heures en semaine et qui dort seulement 40 minutes de plus le week-end va commencer à avoir des notes dans le pire décile des étudiants qui dorment bien.

Chez des soldats qui manipulent du matériel sophistiqué, une nuit blanche résulte en 30% de baisse des capacités cognitives. Deux nuits blanches : 60% ! Quand le sommeil a été restreint à un peu moins de six heures par nuit pendant cinq nuits de suite, le résultat est le même que deux nuits blanches d’affilée : 60% de performance en moins.

D’autres études ont commencé à montrer que les gens qui ne dorment pas assez voient certaines fonctions de leur corps commencer à se dérégler. Par exemple, les gens en manque de sommeil n’arrive pas à brûler la nourriture de la même façon que les gens qui dorment suffisamment. Ils ont besoin de plus de nourriture pour obtenir les mêmes nutriments.

Le manque de sommeil accélère le vieillissement : une personne de 30 ans qui se voit limitée en termes de sommeil à 4 heures par nuit pendant 6 nuits voit certains de ses process chimiques corporels fonctionner comme ceux d’une personne de soixante ans. Et il faudra une semaine de sommeil récupérateur pour revenir à des process chimiques dignes d’une personne de 30 ans.

Le résultat de ces études est qu’une perte de sommeil est une perte de nos fonctions au niveau du cerveau. La perte de sommeil nuit à l’attention, à la mémoire immédiate, à la mémoire de travail, à l’humeur, au raisonnement logique, à la dextérité manuelle…

A la lumière des ces éléments, les entreprises et les écoles devraient commencer à prendre au sérieux le sommeil de leurs élèves. Les effets du manque de sommeil coûteraient à un pays comme les Etats-Unis près de 100 milliards par an. En fonction des chronotypes des personnes (leur besoin de sommeil au long de la journée), il faudrait adapter les heures de travail. Le modèle 9h – 18h n’est pas optimal et ne convient pas à 20% de la population qui a un grand besoin de faire une sieste l’après-midi.

A l’école, nous pourrions faire la même chose en claquant les chronotypes des professeurs et ceux de leur élèves. Un professeur ne pourrait enseigner qu’à des heures optimales pour lui, à des élèves dans leurs heures optimales également.

Les entreprises devraient prendre en compte le besoin de faire des siestes et être mis sur le même niveau que le besoin d’aller aux toilettes ou le besoin de déjeuner le midi. Les entreprises pourraient ainsi créer une zone réservée à une sieste de 30 minutes. Pour reprendre l’étude de la NASA, quelle autre stratégie de management améliorerait immédiatement la performance des employés de 34% en seulement 26 minutes ?

 

Règle n°8 : Stress, les cerveaux sous stress n’apprennent pas de la même manière

 

Une expérience horrible a été réalisée sur des chiens pour montrer les effets dévastateurs du stress. Les chercheurs avaient attaché un harnais à un chien qui délivrait des chocs électriques réguliers, nuit et jour. Au début, le chien s’est débattu, a hurlé, a uriné. Mais avec le temps, sa résistance s’est effondrée. Le chien avait compris qu’il n’y avait aucun moyen de s’échapper. Même quand les scientifiques lui ont enlevé le harnais et l’ont placé dans une boîte métallique,dont la première moitié du plancher délivrait les mêmes chocs électriques, le chien ne prenait même plus la peine de tenter de se déplacer pour échapper aux chocs dans la seconde moitié. Le chien ne pouvait plus comprendre ses options, ni apprendre.

Pour qualifier cet état, le légendaire psychologue Martin Seligman a inventé le terme « impuissance apprise ». Il s’accompagne du sentiment que nous ne pouvons nous échapper. Et les capacités de nos sens s’effondrent.

Qu’est-ce que le stress ? Et pourquoi entraîne-t-il l’effondrement de nos capacités d’apprentissage ?

Tous les stress ne sont pas les mêmes, et cette notion est d’ailleurs subjective. Certains stress améliorent l’apprentissage, d’autres le détruisent. Le stress est subjectif car certaines personnes adorent sauter en parachute, quand d’autres personnes sont paralysées.

Le corps n’aide pas à définir le stress, non plus. Il n’y a pas de réponse physiologique unique au stress capable de dire à un scientifique que nous sommes stressés. En effet, les mêmes réactions physiologiques peuvent être observées si nous sommes pourchassés dans la nature par un prédateur, ou si nous faisons l’amour, voire si nous mangeons notre dîner de Noël.

Deux scientifiques, Jeansok Kim et David Diamond, ont proposé un modèle du stress qui repose sur la combinaison simultanée de trois facteurs.

Le premier de ces facteurs est une réponse physiologique d’excitation.

Le deuxième de ces facteurs doit être l’aversion du sujet à l’objet de son stress.

Le troisième de ces facteurs est que la personne sous stress ne doit pas se sentir en contrôle de l’élément stressant.

Nous pouvons sentir notre réponse face au stress : notre pouls augmente, notre pression sanguine augmente,et nous ressentons un rejet d’énergie. C’est la fameuse adrénaline qui fait son travail, émise par les glandes adrénales, une fois que l’hypothalamus le leur ordonne, en réaction à nos systèmes sensoriels. La réponse est immédiate : le combat ou la fuite.

Une autre hormone est aussi émise par les glandes adrénales : c’est le cortisol. Le cortisol enlève tous les aspects négatifs du stress et nous aide à revenir à la normale.

Pourquoi est-ce que notre corps fait tout ça ? La réponse est simple : la survie. Sans une réponse soudaine et immédiate, nous pourrions mourir. Toutes les complexités de notre cerveau viennent d’un seul élément : nous permettre de survivre suffisamment longtemps pour transmettre nos gènes à la génération suivante. Le stress nous aide à gérer les menaces qui pourraient nous empêcher de procréer.

Les réponses physiologiques sont immédiates parce que les menaces, il y a quelques centaines de milliers d’années, ne prenaient pas quelques heures voire quelques minutes à apparaître. Le tigre à dents de sabre qui voulait se servir de nous comme d’un repas ne nous laissait pas plus d’une seconde pour réagir.

De nos jours, notre stress est rampant. Les situations stressantes sont diffuses : lieu de travail stressant, les enfants qui hurlent, les problèmes d’argent… Notre système n’est pas construit pour ça. Les hormones du stress s’accumulent, et quand elles restent trop longtemps dans le système sanguin, elles deviennent néfastes.

Au long terme, trop d’adrénaline dans le sang crée des cicatrices à la surface de nos vaisseaux sanguins où des substances peuvent s’accumuler et résulter en un bouchon. Au niveau du cœur, c’est l’infarctus. Au niveau du cerveau, c’est l’attaque cérébrale. De manière peu surprenante, les gens qui font l’expérience d’un stress chronique ont un risque plus élevé d’attaque cardiaque ou cérébrale.

Le stress affecte aussi nos capacités immunitaires en réduisant le nombre d’anticorps et de globules blancs dans notre sang. Ainsi les personnes stressées sont plus souvent malades (en moyenne trois fois plus souvent que les gens non-stressés).

Le stress favorise l’apprentissage dans le sens où les expériences stressantes se forment instantanément dans le cerveau humain et peuvent être rappelées très facilement en cas de crise. Par contre, si le stress se prolonge, les facultés d’apprentissage diminuent. L’influence du stress peut être dévastatrice. Les gens stressés sont moins bons en math. Ils ne parlent pas bien. Leur mémoire est altérée, dans toutes ses formes. Ils ne peuvent bien se concentrer. Dans des conditions extrêmes, le stress peut même détruire les cellules de l’hippocampe ! Les effets peuvent ainsi être irrémédiables. Par exemple, le garde du corps de la princesse Diana la nuit de sa mort ne peut se rappeler ce qu’il s’est passé les quelques heures avant et après le crash.

Des études commencent à montrer que tous les êtres humains ne répondent pas de la même façon au stress. Des gens disposent ainsi de protections, inscrites dans leur patrimoine génétique, contre le stress. Certains des gènes responsables ont été isolés. Dans le futur, nous pourrons peut-être déceler les personnes qui tolèrent bien le stress et les autres avec un simple test sanguin.

Ainsi, la réaction de notre corps au stress dépend du stress (longueur et sévérité) et de notre corps. La vie est encore injuste sur ce point.

A la maison, le stress peut avoir des conséquences dramatiques sur les enfants, même quand le stress ne vient pas d’eux mais d’un environnement difficile, comme un couple en difficulté. Ces situations d’anxiété ont des impacts forts sur les performances académiques des enfants. Même si le couple reste ensemble, un environnement émotionnellement instable implique pour l’enfant des notes plus faibles. Plus le conflit est important, plus les notes vont être basses. Même la santé physique de l’enfant se détériore, impliquant un absentéisme à l’école.

Au travail, les conséquences sont semblables. Le stress va augmenter les chances de maladie chez l’employé, ainsi que les chances d’attaques cardiaques, cérébrales ou de maladies auto-immunes. Cela affecte directement le coût de la santé, et le coût des pensions de retraite, porté en partie par les entreprises. Aux Etats-Unis, le stress est derrière plus de la moitié des 550 millions de jours de travail perdus chaque année pour cause d’absentéisme. 80% des dépenses de santé aux USA seraient désormais liées au stress. Du stress de façon prolongée peut se terminer en dépression pour le salarié, qui altère la capacité à réfléchir, et donc le capital intellectuel de l’entreprise.

Non seulement le stress réduit les contributions que les employés peuvent donner à l’entreprise, mais cannibalisent les ressources de l’entreprise. Enfin, les gens qui font un burn out sont généralement licenciés, quand ils ne partent pas d’eux mêmes. Le fait de les remplacer et de former leur remplaçant a un coût énorme pour l’entreprise.

Les entreprises aux Etats-Unis perdraient entre 200 et 300 milliards de dollars par an à cause des effets du stress !

Trois choses déterminent si un environnement de travail est stressant ou non : le type de stress, l’équilibre entre la stimulation et l’ennui ainsi que la vie personnelle de l’employé. Un stress qui s’installe est généralement dû à deux facteurs en conjonction : on nous demande beaucoup, et nous n’avons aucun contrôle sur ce qu’on nous demande.

Ainsi, redonner le contrôle aux employés peut restaurer leur productivité. Pourtant, les ouvriers sur une ligne d’assemblage qui font la même chose jour après jour peuvent être stressés par une forme de stress qui les détruit lentement. Les études montrent ainsi qu’une part d’incertitude peut être bon pour la productivité, notamment pour les employés brillants et motivés. Ce dont ils ont besoin est un équilibre entre le contrôle et l’imprévu.

La vie familiale également a un impact sur le stress au travail, et malheureusement les managers n’y peuvent rien. Les frontières entre le travail et la maison n’existent pas. Le stress au travail affecte la maison, et inversement. Ainsi le stress au travail, comme nous l’avons montré, peut affecter les performances des enfants à la maison…

Des scientifiques ont été jusqu’à comparer deux groupes tests de parents. Le premier groupe bénéficiait d’interventions régulières de conseillers matrimoniaux pour suivre leur relation de couple et en cas de problème trouver des solutions. Le second groupe ne bénéficiait pas de ces conseillers. Les enfants élevés dans les foyers du premier groupe ont un système nerveux qui ne s’est pas développé de la même façon que les enfants du second groupe. Leurs comportements n’étaient pas identiques. Ils pleuraient moins. Ils étaient capables de faire plus attention à des stimuli extérieurs. Ils étaient plus en contrôle de leurs émotions. En stabilisant un mariage, on peut ainsi stabiliser le développement émotionnel d’un enfant.

A la lumière de ces découvertes, John Medina propose d’intégrer les parents dans le système éducatif. Ils doivent comprendre que la stabilité à la maison va entraîner la réussite des enfants. Le système éducatif actuel ignore complètement la stabilité de la maison.

Le problème avec le monde actuel est que les gens démarrent une famille au moment même où ils sont sensés donner le meilleur d’eux-mêmes au bureau. Ils doivent être productifs aux moments les plus stressants de leur vie. Les entreprises devraient prendre en compte cet état de fait en aidant les familles, en leur proposant des interventions comme celles du premier groupe de parents dans l’expérience citée plus haut par exemple.

Les entreprises risquent également de perdre leurs meilleurs éléments puisque ces derniers devront faire un choix entre leur carrière et leur famille. La décision se pose encore plus envers les femmes.

Que se passerait-il si les gens talentueux n’avaient pas à choisir entre leur carrière et leur vie de famille ? Que se passerait-il si les entreprises prenaient en charge sur site les enfants pour retenir leurs employés à un moment de leur vie très dense en termes de stress ? Cette mesure affecterait les femmes directement, ce qui assurerait aux entreprises un meilleur équilibre des genres. Est-ce que cette mesure pourrait être financée sur les gains de productivité obtenus ? C’est une excellente question. Les entreprises pourraient même assurer que les enfants soient éduqués dans un environnement plus stable et soient donc meilleurs à leur entrée dans la vie professionnelle.

 

Règle n°9 : Intégration sensorielle, stimuler toujours plus de sens

 

Comment le cerveau perçoit ce qui l’entoure ? Notre cerveau est capable de traiter une quantité massive d’informations sensorielles à chaque instant.

Par exemple, quand nous sommes au cinéma, nos yeux observent les lèvres bouger en tandem avec notre ouïe qui traite les sons pour donner la sensation du dialogue. Les scientifiques ont donc cherché à développer des théories sur l’intégration des sens.

Le premier modèle est le modèle britannique.

Prenons par exemple un soldat qui entend un coup de fusil. Les oreilles entendent le bruit et génèrent un rapport auditif. Les yeux voient la fumée et processent l’information séparément. Le nez, qui sent l’odeur de poudre, fait la même chose. Chaque sens envoie les données au commandement central. Ces inputs sont liés ensemble, une perception cohérente est formée, et le cerveau donne au soldat une expérience sensorielle intégrée.

Ces process peuvent être décomposés en trois étapes :

– étape 1, la sensation

Au cours de cette étape, nous capturons les énergies de notre environnement. Cette étape implique la transformation de cette information externe en un signal électrique compréhensible pour le cerveau.

– étape 2, le transit

Une fois l’information transformée en signal électrique, elle est envoyée aux endroits appropriés du cerveau pour traitement. Les signaux pour les cinq sens vont tous dans des zones séparées.

– étape 3, la perception

Les différents sens commencer à combiner leurs informations. Ces signaux intégrés sont envoyés à des zones encore plus complexes du cerveau et nous commençons à percevoir ce que nos sens nous ont donné.

Le second modèle est le modèle américain.

Dans ce modèle, les sens travaillent ensemble dès le début. Les oreilles et les yeux prennent en compte le son et l’odeur de poudre simultanément et se confrontent sans en référer à « une autorité supérieure ». Les étapes sont toujours sensation, transit et perception mais à chaque étape les sens « discutent » entre eux.

La recherche tend à montrer que c’est le modèle américain qui tient la corde pour être celui le plus proche de la vérité. Les sens s’aident les uns les autres, de façon coordonnée.

Où et comment les différentes informations sensorielles se rejoignent et s’assemblent dans le cerveau ?

Le « où » est le plus facile : il existe à travers tout le cerveau des zones spécialisées appelées les cortices d’association, qui ne sont pas des zones sensorielles ni des zones moteurs mais des zones qui font le lien entre ces deux dernières, d’où leur nom. Les cientifiques pensent que ces régions permettent un traitement de « bas en haut » et de « haut en bas » des informations sensorielles. De bas en haut d’abord parce que les stimuli visuels (dans le cas du sens de la vision) sont inspectés par le cerveau. Puis de haut en bas parce que le cerveau redescend l’information ainsi traitée en ayant pris soin de retirer ou d’ajouter des informations, voire d’altérer les informations (ce qu’il fait souvent). A ce moment, nous percevons enfin quelque chose. Ce process de haut en bas prend en compte les expériences passées de la personne. Le cerveau a donc un effet de simplification avec ce process de haut en bas.

Des expériences montrent que les sens sont faits pour travailler ensemble, même quand le cerveau est confus. Par exemple, nous pouvons ne pas nous rappeler du nom ou du visuel d’un fruit que nous avons goûté dans un pays exotique mais très bien nous rappeler de son goût. Les sens sont donc stimulés ensemble et travaillent ensemble.

Cela vient de notre évolution : nos ancêtres n’ont pas vu leurs sens s’éveiller un à la fois.

On parle d’ailleurs de renforcement multimodal d’un sens envers l’autre : des expériences ont montré que quand un jet lumineux perçu par un sujet de test allume une zone en particulier dans le cerveau, cette zone bénéficie d’une activité plus intense quand ce rayon lumineux est coordonné avec la sensation du toucher va un stimulateur tactique qui se déclenche au même moment.

Le cerveau a donc un instinct très puissant d’intégration des sens. Ses capacités d’apprentissage sont décuplées dans un environnement multisensoriel, ce qui fait sens vu que c’était typiquement le genre d’environnement dans lequel ont dû évoluer nos ancêtres. L’opposé est vrai : apprendre est plus difficile dans un environnement unisensoriel.

Le psychologue cognitif Richard Mayer a fait le lien entre l’exposition multimedia et l’apprentissage. Ses expérimentations sont simples : prenez trois groupes de personnes. Le premier groupe se voit délivré une information via un seul sens, l’ouïe, le deuxième groupe se voit délivré une information par la vue, et le troisième groupe se voit délivré une information par les deux sens en combiné. Les personnes dans le troisième groupe ont toujours de meilleures performances quand il s’agit de se souvenir des informations que dans les deux premiers groupes. Ils se souviennent mieux et bien plus longtemps, jusqu’à 20 ans après ! La résolution de problèmes s’améliore. Dans une certaine étude, le troisième groupe a généré 50% de plus que les autres groupes de solutions créatives à un test de résolutions de problèmes.

Ces données sont d’une certaine manière assez contre-intuitive parce que cela signifie que quand nous ajoutons des informations à un signal, nous avons plus de chance de l’intégrer, de le comprendre et de nous en souvenir.

Avec les années, Richard Mayer a énoncé un certain nombre de règles quand il s’agit de donner une présentation multimédia :

– les étudiants apprennent mieux avec des mots et des images qu’avec des mots seuls

– ils apprennent mieux quand les mots et les images sont présentés simultanément

– ils apprennent mieux quand les mots et les images sont visuellement proches

– ils apprennent mieux quand des données extérieures et non pertinentes avec le sujet ne viennent pas s’intégrer

– ils apprennent mieux à travers une animation accompagnée d’une narration que d’une animation avec des mots seuls sur un écran

Un sens est tout de même particulier : l’odorat. Des expériences ont demandé à deux groupes de personnes d’aller voir un film et de passer un test de mémoire à la sortie du film. Dans la salle de cinéma était diffusée une odeur de popcorn. Dans la salle de test, seul un groupe bénéficiait également de l’odeur de popcorn. Les résultats sont sans appel : l’odeur de popcorn est capable d’aller jusqu’à doubler le nombre d’informations dont le groupe est capable de se souvenir.

Les chercheurs ont tout de même montré que certains souvenirs sont sensibles à l’odorat et d’autres non. Les odeurs sont le plus utiles quand nous cherchons à nous rappeler des détails émotionnels d’un souvenir, c’est la fameuse madeleine de Proust.

A la lumière de toutes ces informations, nous pourrions intégrer des expériences multisensorielles dans les salles de classe et les entreprises. Nous avons découvert dans le chapitre sur l’attention que les premiers instants d’une présentation sont clés. Durant ces moments critiques, peut-être qu’une présentation multisensorielle améliorerait la rétention. Nous avons découvert dans les chapitres sur la mémoire que répéter l’information est utile pour que nous puissions nous en souvenir plus longtemps. La première exposition pourrait être réalisée visuellement, la seconde oralement et la troisième en utilisant le sens du toucher par exemple.

Est-ce que l’odorat peut affecter les ventes ? C’est ce qu’a montré une entreprise, qui a augmenté les ventes de barres de chocolat de 60% à un distributeur automatique en laissant s’échapper une odeur de chocolat de la machine. L’industrie du marketing se tourne entièrement vers les sens, avec l’odorat en son centre.

Une enseigne de ventes de vêtements a testé l’odeur de vanille dans les rayons femmes (cette odeur ayant été prétestée auparavant et ayant montrée des résultats sur les dépenses des femmes) : les ventes ont doublé en moyenne. Quand l’odeur de vanille est retirée, les ventes retournent à leur niveau normal. Comme on le voit, n’importe quelle odeur ne peut pas être déployée. L’odeur doit être cohérente, c’est sans doute pour cela que Starbucks interdit à ses employés de mettre du parfum.

Les professionnels du marketing commencentg à théoriser l’intégration de l’odorat à leurs campagnes marketing. Il faut faire correspondre l’odeur aux intérêts du marché cible. Une odeur de café peut rappeler à un cadre le confort de sa maison et le mettre à l’aise. De plus, l’odeur doit idéalement correspondre au produit mis en vente : l’odeur de terre ou de forêt va certainement permettre de vendre plus de 4×4 que l’odeur de vanille.

 

Règle n°10 : Vision, qui trompe tous les autres sens

 

Nous ne voyons pas avec nos yeux, nous voyons avec notre cerveau.

C’est ce qu’a montré un groupe de chercheurs qui sont allés à Bordeaux, ont mis du colorant rouge sans aucun goût pour transformer l’aspect visuel d’un vin blanc en vin rouge et le donner à goûter à 54 professionnels du vin. Tous ces professionnels ont utilisé le vocabulaire lié au vin rouge quand il a fallu décrire le vin. Les inputs visuels ont tromper tous leurs sens.

Le process visuel ne nous aide pas seulement à mieux comprendre notre environnement. Il domine la perception de notre monde.

Quand la lumière touche la rétine, la collision génère des signaux électriques qui vont jusqu’au cerveau à travers le nerf optique. Le cerveau interprète cette information électrique, et nous voyons. Ces étapes semblent sûres. La plupart des gens pensent ainsi que notre système visuel fonctionne comme une caméra, en collectant et processant les données brutes visuelles du monde extérieur. Ces analogies décrivent les fonctions de l’œil (et encore, très mal). En réalité nous expérimentons notre environnement visuel comme une opinion de ce que pense le cerveau sur notre monde extérieur.

La rétine n’est pas une antenne passive. Elle processe les signaux électriques avant de les envoyer au « centre de commandement ». Ce sont des cellules spécialisées dans la rétine qui interprètent les schémas de photons puis les assemblent en « films » partiels qui sont envoyés dans notre cerveau. Ces traces sont des abstractions des caractéristiques spécifiques de notre environnement visuel. Une trace va prendre en compte les contours, une autre le mouvement etc.

Ces traces vont jusqu’au thalamus par les nerfs optiques, puis se rendent dans le cortex visuel. Au sein du cortex, des parcelles de cellules comprennent les traces en fonction de leur spécialisation : une parcelle va être chargée de comprendre les lignes diagonales dans un signal visuel, une autre les couleurs…

Une fois que toutes les parcelles ont livré leur verdict, les signaux sont réassemblés dans les centres hauts du cerveau. Nous voyons enfin quelque chose.

Ce qui est exceptionnel, c’est que chacun de nos yeux est aveugle sur une partie de sa surface. Nous devrions donc voir deux points noirs dans notre champ de vision, mais le cerveau se charge de reconstituer une perception complète à partir des données qui sont disponibles autour. Nous n’avons donc pas une représentation précise de ce que nous voyons, mais déjà une première interprétation de la part du cerveau.

Notre cerveau est donc loin d’être une caméra : il déconstruit l’information transmise par les yeux, la passe à travers une série de filtres puis reconstruit ce qu’il pense voir, ou ce qu’il pense que nous devrions voir. Très important : le cerveau utilise nos expériences passées pour effectuer ce process.

La vision consomme la moitié des ressources de notre cerveau. C’est énorme. C’est aussi pour cette raison que les spécialistes du vin tombent dans le piège quand on change la couleur du liquide.

La vision est aussi notre meilleur allié quand il s’agit d’apprendre des choses : plus l’input est visuel, plus nous avons de chances de nous en rappeler plus tard. Ce phénomène s’appelle le PSE pour « Pictorial Superiority Effect ». Des tests ontg été menés sur des personnes à qui des scientifiques ont montré 2500 images, chacune pendant 10 secondes. Les gens en moyenne étaient capables de se rappeler qu’ils avaient vu chaque image ou non avec une précision de 90% après quelques jours, et de 63% après quelques années.

Il suffit de comparer ça avec les informations données à l’oral ou à l’écrit. Si une information est donnée à l’oral, les gens ont 10% de chance de s’en rappeler, 72% après exposition. Si on ajoute une image, ce résultat monte à 65% !

L’inefficacité du texte a reçu beaucoup d’attention de la part des scientifiques. Les études montrent qu’un mot est illisible tant que le cerveau n’a pas découpé chaque mot en lettre, puis chaque lettre en caractéristiques pour comprendre le sens du mot. Cela demande beaucoup de puissance de calcul de la part du cerveau, qui est donc beaucoup moins capable de processer autant d’informations que si elles étaient passées via des images.

La raison pour laquelle la vision est tellement importante pour le cerveau et donc pour nous se trouve dans le fait, qu’il y a plusieurs centaines de milliers d’année, les plus grandes menaces dans la savane devaient être gérées grâce à la vision. Comme nos sources de nourriture, comme nos occasions de nous reproduire.

Notre cerveau arrive avec un certain nombre de « logiciels pré-installés » en ce qui concerne la vision. Les bébés préfèrent les choses qui présentent de forts contrastes. Les objets qui bougent ensemble sont considérés comme faisant partis d’un tout. Ils savent la différence entre un visage humain et un visage non-humain, et préfèrent le premier. Ils comprennent naturellement qu’un objet qui se rapproche voit sa taille relative augmenter, et que c’est toujours le même objet. Les bébés peuvent même ranger dans la même catégorie des objets qui présentent des points communs visuels. Comme on peut donc le voir, la vision tient un rôle prépondérant dès la petite enfance.

Au regard de tous ces enseignements, John Medina explique que les professeurs ne peuvent plus se passer d’utiliser des supports visuels pour leurs cours. Les images trop compliquées sont inadéquates. Il faut préférer les images simples en deux dimensions.

Tous les concepts ne peuvent pas forcément être passés via une image. Est-ce qu’il est simple de parler des concepts de liberté ou de quantité à travers une image ? Il faut tester.

Les professionnels devraient vraiment commencer à abandonner leurs présentations PowerPoint pleines de texte et tester des présentations avec des images.

 

Règle n°11 : Genre, les cerveaux des hommes et des femmes sont différents

 

Trois chercheurs ont mis en place une expérience où ils ont créé un vice-président fictif d’une compagnie aérienne. Ils demandèrent à quatre groupes de sujets, avec un nombre égal d’hommes et de femmes dans chaque groupe, de noter la performance au travail de ce vice-président. A chaque groupe, les scientifiques donnèrent une brève description du travail de la personne. Au premier groupe, ils indiquèrent que le vice-président était un homme. Quand on leur demanda d’évaluer la compétence et l’amabilité du candidat. Le groupe évalua l’homme comme très compétent et aimable. Au second groupe, les scientifiques indiquèrent que le vice-président était une femme. Elle fut notée comme aimable mais pas comme compétente. Au troisième groupe, les scientifiques dirent que le vice-président était un homme, et une superstar. Il fut noté comme aimable et très compétent. Au quatrième groupe on indiqua que le vice-président était une femme, et une superstar, elle fut notée comme très compétente, mais pas comme aimable.

Que montre cette expérience ? Que le genre introduit un biais dans la façon dont nous considérons les gens. Quand le genre fait référence à nos attentes sociales, le sexe est quant à lui inscrit dans notre ADN.

Si nous avons deux chromosomes X, nous sommes une femme. X et Y, et nous sommes un homme. Seuls les papas peuvent donner le chromosome Y.

Les différences de genre sont de trois ordres : génétiques, neuroanatomiques et comportementale.

Un des faits intéressants au sujet du chromosome Y est que seule une toute partie de ce chromose est requise pour faire un mâle. C’est un gène, appelé SRY, qui lance le développement d’un garçon. Des expériences ont montré qu’en détruisant le gène SRY dans un embryon mâle, on obtient une femelle. Inversement, ajouter un SRY dans un embryon femelle donne un homme.

L’objectif des gènes est de créer des molécules qui contrôlent les fonctions des cellules dans lesquelles elles résident. Ensemble, ces cellules créent la neuroanatomie du cerveau. Cette neuroanatomie diffère grandement entre un homme et une femme.

Les différences existent entre le cortex frontal et préfrontal, qui sont des zones du cerveau qui contrôlent nos capacités de prises de décision. Le cortex est plus gros chez les femmes que chez les hommes. Les différences entre hommes et femmes s’observent aussi dans le système limbique, qui contrôle notre vie émotionnelle et certaines formes d’apprentissage. L’amygdale a des différences également, d’un homme à une femme, qui contrôle notre capacité à générer des émotions mais aussi notre capacité à nous en souvenir. Elle est d’ailleurs plus grosse chez les hommes que chez les femmes, malgré ce qu’on pourrait croire.

Les cellules du cerveau conversent via des molécules, et celles-ci n’échappent pas à des différences de genre. Les hommes génèrent la sérotonine, pour contrôler les émotions, 52% plus rapidement que les femmes.

Les scientifiques ne tirent pas de conclusion sur la différence de structure du cerveau entre un homme et une femme, mais il est intéressant de savoir que ces différence existent.

Nous avons déjà pu entendre la fable sur le cerveau gauche et le cerveau droit, créativité versus analyse. En réalité, les deux côtés du cerveau sont impliqués dans ces process. Cela ne veut pas dire que les hémisphères sont égaux. Le cerveau droit retient plus l’essentiel d’une expérience, quand le cerveau gauche retient les détails.

Des expériences ont montré que les femmes se souviennent mieux et plus rapidement d’événements à composantes émotionnelles que les hommes. Leurs souvenirs sont plus complets au sujet d’un premier rendez-vous, d’une dispute ou de vacances.

Au travail, les différences de genre amènent des divergences dans la façon dont sont perçues les personnes, à comportement égal. Par exemple, les femmes qui exercent un style de leadership considéré comme masculin peuvent être très souvent perçues comme autoritaires. Ces stéréotypes se formeraient très tôt dans notre développement social et transcendent la géographie, l’âge et le temps.

La culture a un tel impact sur le comportement qu’il est très simpliste de donner une explication seulement biologique à tous les résultats d’expérimentations qui montrent que les hommes sont différents des femmes. De même, donner une seule explication sociale à ces différences est également simpliste.

A partir de tous ces résultats, prendre en compte les vies émotionnelles des hommes et des femmes que les professeurs et professionnels est utile. Les émotions permettent au cerveau de faire attention.

L’entreprise devrait prendre en compte que notre évolutions s’est faite grâce au travail en commun des hommes et des femmes, pour comprendre l’essence et les détails des choses qui nous arrivaient dans la savane. Avoir une équipe de cadres composée d’hommes et de femmes permettrait de comprendre simultanément la « big picture » et les détails d’un projet. Hors, trop souvent dans les grands groupes à des niveaux élevés de management, les femmes se font trop rares. Les entreprises doivent comprendre si composer des équipes mixtes présentent des bienfaits en expérimentant. Avoir des équipes mixtes ne doit pas répondre à une forme de justice sociale, mais peut-être que des entreprises réussiront à montrer que les résultats des équipes mixtes sont meilleurs que les équipes unisexes. Ou l’inverse.

 

Règle n°12 : Exploration, nous sommes naturellement des explorateurs

 

Nous sommes des explorateurs nés, même si l’habitude nous cloue parfois. Mais en tant qu’explorateurs nés, nous sommes capables d’apprendre toute notre vie.

Les bébés donnent l’occasion aux chercheurs d’avoir une vue claire sur la façon dont les humains acquièrent de l’information. Les bébés viennent avec de nombreux « logiciels pré-installés » sur la façon de traiter l’information. Ces logiciels garderaient leur fonctionnement toute notre vie, nous permettant en étudiant les bébés de savoir comment un adulte apprend.

Pendant des décennies, les chercheurs ont pensé que les bébés étaient des « tabula rasa », c’est-à-dire qu’ils venaient au monde comme une coquille vide qu’on remplit. Ils pensaient que tout ce qu’apprenaient les bébés venaient des interactions avec leurs parents.

En réalité, les bébés viennent avec un incroyable désir d’apprendre et de comprendre le monde qui les entourent. Les scientifiques expliquent que ce besoin d’apprendre se situe au même niveau que la faim, la soif, ou le sexe.

Les bébés sont ainsi incroyablement curieux au sujet des propriétés physiques des objets qui les entourent et vont essayer de l’analyser avec tous les sens à leur disposition. Ils expérimentent, continuellement.

Entre 14 et 18 mois, un bébé comprend que les gens ont des désirs et des préférences différents des leurs. Jusqu’à cette période, les bébés pensent également que tout leur appartient et que tout leur est dû. A 18 mois, ils comprennent que cette vision des choses n’est pas très précise.

Nous n’avons pas dû notre survie à une exposition à des informations pré-organisées mais bien grâce à des expériences chaotiques consistant en permanence à tester notre environnement. C’est pourquoi notre meilleur attribut est celui, par l’expérience, de corriger nos idées reçues. C’est un apprentissage presque scientifique que nous avons utilisé pendant des millions d’années. Il n’est pas possible de le réfréner sur les 70 ou 80 ans que nous allons passer sur la planète.

Les chercheurs ont montré que certaines régions du cerveau adulte restent aussi malléable que le cerveau d’un bébé, pour que nous puissions renforcer de nouvelles connexions, renforcer des connexions existantes et même créer de nouvelles neurones. Ainsi, nous sommes des apprenants perpétuels.

Pour les bébés, l’exploration apporte de la joie. Comme une drogue, les enfants ont besoin d’explorer pour apprendre. C’est un système de récompense très simple, qui peut continuer dans les années d’école s’il est bien entretenu. A mesure que les enfants vieillissent, ils constatent qu’apprendre ne leur apporte pas seulement de la joie, mais aussi une forme de maîtrise. Avoir une certaine forme d’expertise dans certains sujets leur permet de prendre des risques intellectuels.

John Medina pense que le système scolaire actuel n’est pas idéal parce qu’il se focalise sur les notes plutôt que sur le bonheur d’apprendre. La question devient « comment faire pour avoir un 20 ? » quand elle était « comment faire pour être heureux en apprenant ? ». Dans tous les cas, nous devons tout faire pour encourager la curiosité, au travail comme à l’école, comme à la maison.

Google était une entreprise qui avait inscrit ce besoin d’exploration dans sa politique de ressources humaines, avec le fameux jour par semaine réservé à des travaux exploratoires de la part des développeurs. A l’époque de l’écriture du livre, 50% des produits Google comme Gmail et Google News étaient issus de ces 20% d’exploration. Cette mesure a été depuis abrogée.

A l’aune de tous ces faits, John Medina constate que l’apprentissage de nos étudiants en médecine est sans doute le meilleur de ce que peut offrir le système scolaire. Les étudiants sont en permanence exposés au monde réel, tout en étudiant des livres. Leurs professeurs sont également des gens qui pratiquent, pas des intellectuels déconnectés. Ils doivent également s’impliquer dans des programmes de recherche qui les forcent à être à la pointe de leur science.

Ce modèle donne aux étudiants un vue riche du domaine de la médecine. Leurs professeurs sont des gens dont le travail est la médecine, ou des recherches sur la médecine.

John Medina voudrait que les professeurs suivent des leçons sur la science de l’éducation, au sens strict du terme. Un professeur du 21ème siècle devrait savoir comment se comporte le cerveau et comment il acquiert des informations. Les sujets pourraient aller de l’anatomie du cerveau jusqu’à la psychologie, de la biologie moléculaire jusqu’aux sciences neuronales.

Ce modèle, d’ailleurs, pourrait être appliqué dans d’autres domaines : une école de commerce pourrait apprendre comment gérer une entreprise en en créant une justement.

 

Mon avis sur le livre :

 

Partagé. John Medina fait un gros travail de vulgarisation et de résumé sur un ensemble vaste d’études et de champs de recherche sur le fonctionnement du cerveau. Pour autant, à part quelques expérirnces en laboratoire, je n’ai pas appris grand chose de nouveau : oui il faut dormir pour bien apprendre, oui le stress peut être bénéfique dans certaines situations mais destructeurs dans d’autres, oui le genre est important…

Bref. Je conseille ce livre, à la rigueur, à des personnes qui se préparent à une grande période d’études intenses pour leur permettre de mettre en place un programme efficace.