Lecture n°6 : The Power of Full Engagement par Jim Loehr & Tony Schwartz

 

La sixième lecture du Personal MBA s’intitule The Power of Full Engagement, par Jim Loehr et Tony Schwartz.
Ce New York Times Bestseller est sous-titré : « Gérer son énergie, et non son temps, est la clé vers la haute performance et le renouvellement personnel ».

 

Partie 1 : Les dynamiques de l’engagement total

 

Chapitre 1 : Engagé totalement : l’énergie, et pas le temps, est notre plus précieuse ressource

 

Nos rythmes de vie s’accélèrent. Face à cette avalanche de demandes, de requêtes et de choses à gérer, la plupart d’entre nous faisons du mieux que nous pouvons. Souvent, on retourne chez soi le soir épuisé. Le terme 24/7 est une réalité pour décrire le monde d’aujourd’hui.

C’est l’énergie, et non pas le temps, qui est la ressource fondamentale de la haute performance.

Ainsi on ne prend pas assez en compte l’importance de l’énergie dans notre travail et dans nos vies personnelles. Sans la bonne quantité, qualité, focus et force d’énergie déployée, nous prenons le risque de ne pas être au top dans toutes les activités que nous menons.

La prémisse du livre est que la performance, la santé et le bonheur prennent racines dans une gestion adéquate de notre énergie.

Le nombre d’heures dans une journée est fixe, mais la quantité et la qualité d’énergie disponible ne l’est pas. C’est notre ressource la plus précieuse, capable de changer notre vie pour le mieux.
Au sein des organisations (entreprises, familles), les leaders sont les régisseurs de l’énergie. Ils inspirent les autres.

Pour être engagé totalement, il faut être physiquement énergisé, émotionnellement connecté, mentalement concentré et spirituellement aligné avec un objectif qui soit au-delà de notre intérêt immédiat.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : selon l’organisation Gallup, moins de 30% des travailleurs américains sont engagés totalement dans leur travail. 55% ne sont pas engagés. 19% sont activement désengagés. Pire : plus on reste longtemps dans une entreprise, moins il est probable que l’on soit engagé. Après 6 mois dans une société, seuls 38% des employés restent engagés. Après 3 ans, 22%.

Après avoir lu ces chiffres, les auteurs nous demandent de penser à notre propre vie et d’évaluer notre engagement au travail, et celui des gens qui nous entourent. Apprendre à gérer son énergie plus efficacement et intelligemment a un pouvoir unique de transformation sur nos vies et sur les organisations dont on fait partie.

LE POUVOIR DE L’ENGAGEMENT TOTAL

Ancien paradigme

 

Gérer son temps

Eviter le stress

La vie est un marathon

Les temps faibles sont des temps perdus

Les récompenses entraînent la performance

S’imposer des règles de discipline

Le pouvoir de la pensée positive

 

Nouveau paradigme

 

Gérer son énergie

Chercher le stress

La vie est une série de sprints

Les temps faibles sont des temps productifs

L’objectif entraîne la performance

S’imposer des rituels

Le pouvoir de l’engagement total

 

Les auteurs expliquent avoir appliqué leur démarche depuis plus de 30 ans avec des athlètes de très haut niveau, notamment des tennismen très connus, comme Pete Sampras ou Jim Courier. Leur intervention auprès de ces athlètes n’avait aucune composante tactique ou technique. Leur focus était sur la gestion de l’énergie. D’après eux, leur démarche a fait ses preuves car les sportifs cherchent des résultats, ils sont une catégorie de gens très exigeante.

Après leurs premiers résultats, les auteurs ont commencé à travailler avec des équipes du FBI, des policiers américains, et des médecins urgentistes. Aujourd’hui, leur travail est réalisé principalement dans le business, avec des cadres et des entrepreneurs. Car ils ont découverts quelque chose : la performance demandée aux gens qui font face à des emplois exigeants éclipse complètement celle des sportifs professionnels. En effet, les sportifs passent 90% de leur temps à s’entraîner à atteindre une haute performance dans les derniers 10%. Ils disposent généralement de 4 ou 5 mois par an consacrés au repos. De plus, leur carrière dure entre 5 et 15 ans.
Au contraire, les cadres des entreprises disposent de quelques semaines de repos par an, et leur carrière dure entre 40 et 50 ans.

Face à ce constat, les auteurs expliquent que la seule façon pour une personne de continuer à atteindre des hauts niveaux de performance sans sacrifier sa santé, son bonheur et sa joie de vivre est de devenir engagé totalement.

Ce process est mené par la réalisation de 4 principes clés.

PRINCIPE 1 : L’engagement total requiert quatre types d’énergie, liées entre elle : physique, émotionnelle, mentale, et spirituelle.

L’énergie physique est mesurée en termes de quantité, tandis que l’énergie émotionnelle est qualitative.

L’importance de l’engagement total est profonde dans les situations où le désengagement a des conséquences graves. Imaginons que nous subissons une opération à coeur ouvert. Dans quel état préférerions-nous voir procéder le chirurgien ? En colère, frustré et anxieux ? Overworked, épuisé et déprimé ? Désengagé, en retrait ?
Evidemment, on le préfère énergisé et confiant.

PRINCIPE 2 : Parce que notre capacité d’énergie diminue à la fois avec une trop grande et une trop faible utilisation, nous devons équilibrer notre dépense d’énergie avec des temps de récupération.

Les auteurs font ici un aparté sur le corps et l’esprit : d’après eux, les marqueurs de capacité physique, émotionnelle, mentale et spirituelle sont les mêmes : force, endurance, flexibilité et résilience.
Au niveau physique, la flexibilité veut dire que le muscle peut bouger dans de nombreuses directions.
Au niveau émotionnel, la flexibilité reflète la capacité à éprouver un large spectre d’émotions plutôt que de répondre de manière rigide ou défensive.
Au niveau mental, la flexibilité signifie que l’on est capable de prendre des points de vue différents, tandis que l’endurance mesure la capacité à rester concentrer dans le temps.
Au niveau spirituel, la flexibilité reflète la tolérance d’une personne pour les croyances d’une autre, tandis que la force représente l’engagement de nos actions en accord avec nos valeurs profondes.
Etre engagé totalement signifie donc qu’il faut avoir de la force, de l’endurance, de la flexibilité et de la résilience dans toutes les dimensions de sa vie.

Pour maintenir notre capacité à déployer de grandes quantités d’énergie dans notre vie, on doit apprendre à dépenser et à renouveler en rythme notre énergie.

Pour ça, il faut vivre sa vie comme une série de sprints : être engagé totalement pendant certaines périodes, puis se désengager totalement pour chercher le repos.

PRINCIPE 3 : Pour augmenter notre capacité d’énergie, il faut dépasser nos limites normales en s’entraînant de la même manière que les sportifs professionnels.

Le stress n’est pas l’ennemi de nos vies. Paradoxalement, c’est un allié pour augmenter notre force. Par exemple, pour augmenter la force d’un muscle, il faut le solliciter et le soumettre à un stress. Immédiatement après l’entraînement, les capacités du muscle sont réduites. Mais après 24 heures, il se remet et a gagné en force.

Cette façon de gagner en force est aussi applicable aux dimension mentale, émotionnelle et spirituelle.

Pour arriver à faire face aux demandes croissantes dans nos vies, il faut apprendre à renforcer nos muscles en les soumettant à des formes de stress, à condition de prévoir des périodes de repos. Comme Nietzsche l’avait écrit : « Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort ».

PRINCIPE 4 : Les rituels – des routines spécifiques pour gérer notre énergie – sont la clé de l’engagement total et de la haute performance soutenue.

Le mot rituel est utilisé ici en opposition à la volonté et à la discipline. La discipline est une contrainte qui diminue notre énergie de manière consciente. Un rituel est un comportement structuré qui nous tire vers l’avant.
Par exemple, le brossage de dents est un rituel associé à des valeurs claires de santé et d’hygiène. Un rituel permet de dépenser son énergie sur d’autres sujets enrichissants.
De la même manière, si on a l’habitude de manger sainement, c’est souvent parce qu’on a construit des routines autour des moments où l’on fait les courses, pour ne pas acheter certains types de produits.
Créer des rituels positifs est le moyen le plus puissant qu’aient trouvé les auteurs pour apprendre à gérer notre énergie au service d’un engagement total.

Pour changer, les auteurs développent un process en trois phases : Raison – Vérité – Action.
La première étape, Définir le Raison, part du principe que nous avons besoin d’inspiration pour changer nos vies. Il faut réussir à répondre à la question : « Comment devrai-je dépenser mon énergie d’une façon qui soit en accord avec mes valeurs profondes ? ».
La deuxième étape, Faire Face à la Vérité, part du principe qu’il est impossible de programmer un changement si on n’a pas un regard unique sur qui nous sommes aujourd’hui. Il faut arrêter de voir nos vies à travers des lunettes déformantes et essayer d’être objectif sur nos choix et notre façon de vivre.
La troisième étape, Se Mettre en Action, consiste à réduire le fossé entre ce que nous sommes et ce que nous souhaitons être. Il est possible de développer son énergie dans toutes les dimensions de nos vies plutôt que regarder passivement nos capacités diminuer avec l’âge. C’est dans cette phase que nous construisons des rituels positifs, en accord avec ce que disait Aristote : « Nous sommes ce que nous faisons de manière répétée. ».

 

Chapitre 2 : La vie désengagée de Roger B.

 

Les auteurs utilisent durant tout le livre un de leur patient, Roger B., comme exemple de ce que peut être une vie désengagée et quels sont donc les moyens pour revenir à un engagement total.
Dans ce chapitre, ils décrivent la vie de Roger B. avant qu’il ne frappe à la porte des auteurs.

La force de l’argumentaire des auteurs est qu’il est impossible de ne pas se reconnaître dans certians comportements de Roger B.
Roger B. est âgé de 42 ans, sales manager chez un éditeur de logiciel. Salaire à 6 chiffres, de fortes responsabilités, une couverture géographique large.
Roger B. est marié depuis 15 ans, et a deux filles de 9 et 7 ans.
Sa vie est pleine, menée tambour battant.

Ce n’est pas Roger B. lui-même qui a tapé à la porte des auteurs, mais son chef, qui a remarqué depuis quelques temps des baisses troublantes dans les performances de Roger.
Après avoir passé une batterie de tests physiques et psychiques, Roger B. affiche 5 freins à la performance : faible énergie, impatience, négativité, manque de profondeur dans ses relations avec les gens, et manque de passion.

Premier constat, Roger B. a largement négligé son physique. Jeune, il était athlétique, mais aujourd’hui il a un pourcentage de masse grasse égal à 27, ce qui fait de lui une personne proche de l’obésité. Roger B. saute le petit-déjeuner tous les jours, et consomme régulièrement son déjeuner devant son ordinateur. De plus, il réalise régulièrement des pauses sucrées. Enfin, il a complétement arrêter l’exercice, car il ne trouve plus le temps. Au niveau du sommeil, il lui arrive de prendre des somnifères. Il n’arrive jamais à se coucher avant une heure du matin, et ne peut donc dormir que cinq ou six heures. Sa consommation d’alcool le soir et le week-end est importante et régulière avec environ quatre verres de vin à chaque dîner.

Niveau émotionnel, Roger B. cumule impatience et négativité, alors qu’il se considère comme quelqu’un de facile. Etre faible en énergie l’a rendu plus vulnérable aux émotions négatives. Deux facteurs peuvent expliquer : l’influence positive de son chef qui ne se fait plus sentir depuis que ce dernier a également gagné en responsabilités, et le contexte économique difficile qui pèse sur l’entreprise et les résultats.
Les auteurs insistent sur le fait que l’énergie est communicative, tandis que les émotions négatives se nourrissent d’elles-mêmes. C’est pour cela que les leaders (managers au sens de l’entreprise) ont un impact énorme sur l’énergie des autres.
Les échanges avec les autres sont l’une des sources majeures de renouvellement émotionnel. Dans son couple, Roger B. constate un éloignement et une fréquence de rapport sexuel de plus en plus faible.
Il manque également de temps et d’énergie pour s’occuper de ses enfants. Enfin, Roger B. voit de moins en moins ce qu’il considère comme ses trois meilleurs amis.

La manière dont Roger B. gère son énergie a un impact direct sur sa capacité à faire preuve de concentration. Naviguant d’email en email, de réunion en réunion, Roger B. ne prend plus de temps pour se reposer et sa concentration semble se détériorer. Il n’arrive également plus à décrocher de son travail : durant ses vacances il se sent obligé de lire ses mails et consulter sa messagerie téléphonique.

En vérité, Roger B. passe tellement de temps à répondre aux demandes extérieures qu’il a perdu tout lien avec ce qui lui importe vraiment dans la vie. Il n’a plus de passion pour son travail. La puissante source d’énergie où l’on peut puiser quand on se sent investi par une mission, un objectif, une raison, n’existe plus chez Roger B.

 

Chapitre 3 : Le pouls de la haute performance : équilibrer le stress et le repos

 

Aujourd’hui, les ratios « travail – repos » sont au coeur des méthodes utilisées par les athlètes pour s’entraîner à travers le monde, appelées « périodisation ».
Le concept de périodisation n’a pas fondamentalement changé depuis 2000 ans et les athlètes grecs : il s’agit de faire reposer le corps après une période d’activité, ce que l’on appelle la compensation. Si l’on augmente l’intensité de l’entraînement, il faut de manière égale augmenter l’intensité de la récupération.

L’énergie est simplement notre capacité à travailler. Notre besoin le plus fondamental en tant qu’être humain est de dépenser et recouvrer cette énergie.

La performance est intimement liée à la récupération.
Les problèmes de performance proviennent d’un déséquilibre entre la dépense et la récupération d’énergie. On peut trop dépenser, ou pas assez, dans toutes les dimensions de l’énergie : physique, émotionnelle, mentale, ou spirituelle.
Trop de dépense d’énergie sans suffisamment de récupération mène au burnout et à la rupture.
Trop de récupération sans suffisamment de stress mène à l’atrophie et à la faiblesse.

Etre engagé totalement, c’est cultiver un équilibre entre la dépense d’énergie (stress) et la récupération d’énergie dans toutes les dimensions.

Ainsi, nous sommes des êtres basés sur une oscillation (dépense – récupération – dépense – récupération – …) inscrite dans nos gênes.
Il y a le fameux rythme circadien (circa dies – autour de la journée) qui dure 24h : veille – sommeil.
Il existe également un rythme ultradien (ultra dies – plusieurs fois dans la journée) qui dure entre 90 et 120 minutes pendant notre éveil. Toutes les 90 minutes, notre corps et notre esprit demandent donc une période de repos.

Il est bien sûr possible de lutter contre ces cycles, en générant des hormones de stress, qui au long terme, vont s’accumuler dans le corps et provoquer des maux de tête, des maux de ventre… voire la mort dans les cas les plus extrêmes.

A force de côtoyer des sportifs de très haut niveau, les auteurs ont observé que les meilleurs joueurs de tennis étaient ceux qui avaient établis, inconsciemment ou non, des routines immuables entre les points. Ces routines ne servent qu’un seul objectif : récupérer le plus possible d’énergie en un minimum de temps. Plus précisément, les auteurs ont montré que les meilleurs joueurs étaient ceux dont la pulsation cardiaque était la plus sujette à des variations, et non pas linéaire comme on pourrait naturellement le penser. Cela montre bien l’importance de la phase de stress (élévation de la pulsation cardiaque) et de la phase de récupération (ralentissement de la pulsation cardiaque)

Dans le contexte professionnel, il est tout aussi important de se ménager des périodes de repos. Les méthodes sont nombreuses : prendre 30 minutes pour se promener dans les open spaces pour échanger avec les gens, prendre un quart d’heure pour monter des escaliers, ne pas travailler dans les transports, autant d’exemples utilisés par des personnes que les auteurs ont eu l’opportunité de rencontrer.

Malheureusement, nous vivons dans un monde qui célèbre le travail et l’activité, ignore la récupération et manque à reconnaître qu’elle est nécessaire à une haute performance sur le long terme.
De manière pratique, notre capacité à être engagé totalement dépend de notre capacité à se désengager de manière périodique.

Nous devons donc apprendre à établir des points d’arrêt dans notre journée, des temps inviolables où nous nous désengageons pour récupérer. Il faut de rester vigilant car le travail peut devenir une addiction, la seule qui soit tolérée et encouragée. Au Japon, le terme « karoshi » désigne la mort par le travail intensif. C’est un véritable phénomène de société qui touche plus de 10 000 personnes par an, qui décèdent car elles ont trop repoussé leurs limites : trop de dépense d’énergie sans suffisamment de repos.

Face aux demandes croissantes, il faut augmenter sa capacité d’énergie. Pour augmenter sa capacité d’énergie, il faut faire l’inverse de ce que l’on nous a probablement appris : systématiquement s’exposer à plus de stress, et faire suivre cette épreuve avec un repos suffisant. Challenger un muscle au-delà de ses limités avérées amorce un phénomène appelé « surcompensation » : le corps augmente les capacités du muscle en prévision du futur stimulus.

Nous progressons à tous les niveaux (physique, mental, émotionnel, spirituel) en dépensant notre énergie au-delà de nos limites actuelles, puis en récupérant.

Etendre ses capacités d’énergie demande donc la volonté de subir un inconfort à court-terme pour une récompense à long-terme.

Chacun l’a peut-être déjà vécu : les meilleurs moments dans une vie sont quand on va volontairement au-delà de nos limites pour accomplir quelque chose qui selon nous en vaut la peine.

Pour se remettre de longues périodes d’inactivité, il existe un process appelé réhabilitation qui consiste à s’exposer de manière graduelle à des doses de stress de plus en plus élevées.

Concernant Roger B., les auteurs ont pu constaté qu’aux niveaux spirituel et physique, il ne s’entraîne pas assez, ce qui réduit sa capacité d’énergie. Aux niveaux mental et émotionnel, Roger B. s’exposait à du stress intense sans suffisamment de repos.

 

Chapitre 4 : Energie physique : alimenter le feu

 

L’importance de l’énergie physique semble évidente pour des athlètes, des ouvriers dans la construction ou des paysans. Parce que le reste d’entre nous est évalué plus sur ce que produisent nos cerveaux que nos corps, nous avons tendance à ne pas considérer comme importante l’énergie physique. En réalité, l’énergie physique est une source fondamentale de fuel, même si notre activité est sédentaire.

Au niveau le plus basique, l’énergie physique dérive des interactions entre l’oxygène et le glucose. En termes pratiques, la taille de notre réservoir d’énergies dépend de notre respiration, de la nourriture que nous mangeons et quand nous la mangeons, la quantité et la qualité de notre sommeil, la qualité de nos pauses à travers la journée et de notre condition physique.

La respiration est un outil puissant d’auto-régulation : un moyen qui permet à la fois de puiser de l’énergie et de se relaxer profondément.

La seconde source d’énergie physique dans notre vie provient de la nourriture que nous consommons. Les conséquences du fait de ne pas manger sont claires, et graves.  Les conséquences
de manger mieux a également des bénéfices presque immédiats, comme perdre du poids et améliorer sa santé en général. Il est également important de consommer des choses qui ont un index glycémique faible, qui mesure la vitesse à laquelle le sucre va être libéré dans le sang. La fréquence à laquelle nous mangeons influence également notre capacité à rester engager totalement et à conserver notre performance dans le temps. Manger de cinq à six « repas » peu caloriques mais hautement nourrissants par jour va nous assurer un renouvellement régulier de notre énergie. Une performance continue ne dépend pas seulement du fait de manger à des intervalles réguliers mais aussi de manger autant qu’on en a besoin pour nous assurer de l’énergie pour les deux ou trois prochaines heures. Contrôler la taille de nos portions est donc critique. Pour maximiser notre énergie physique, nous devons donc bien s’écouter et ne jamais manger jusqu’à temps de se sentir « lourd », tout en mangeant suffisamment pour ne plus avoir faim.

Les auteurs parlent également de l’importance de boire de l’eau régulièrement, ce qui est pour eux l’une des sources d’énergie physique les plus sous-estimées.

Après la nourriture et l’eau, le sommeil est la plus importante source de récupération dans nos vies. C’est également le plus important des rythmes circadiens. Et avec nos vies, la plupart d’entre nous concèdent que nous manquons de sommeil. Les besoins en sommeil varient suivant l’âge, le genre et les prédispositions génétiques, mais le consensus scientifique considère que le besoin moyen en sommeil tourne autour de sept ou huit heures, ce qui va nous assurer un fonctionnement optimal. Les études ont montré que trop peu de récupération, ou trop de récupération, sur le long terme, augmentent le taux de mortalité. Toutes les grandes catastrophes industrielles des 30 dernières années sont arrivées en plein milieu de la nuit : Tchernobyl, Exxon Valdez, Bhopal, Three Mile Island… Aux Etats-Unis, l’Académie des Sciences a montré que les erreurs médicales, dues en grande partie à la fatigue des médecins, est responsable de 100 000 morts par an, plus que le SIDA, le cancer du sein et les accidents de voiture réunis !

Il est prouvé que plus longtemps nous travaillons sans nous reposer, le moins efficace et le plus susceptible à faire des erreurs nous devenons.

Durant les périodes de sommeil, la division cellulaire est la plus active, le plus grand nombre d’hormones de croissance et d’enzymes réparateurs sont libérées et les muscles qui ont été soumis à un stress toute la journée ont une occasion de se régénérer.

En plein milieu de la journée, une sieste peut être une période de repos stratégique. Le spécialiste du sommeil, Claudio Stampi, a montré que les personnes qui font une sieste au travail sont capables de maintenir un haut niveau d’alerte et de productivité sur 24 heures, même en l’absence de sommeil plus long.

Au sein d’une même journée, nous expérimentons des changements de notre niveau d’énergie. Ces changements sont liés à nos rythmes ultradiens, qui régulent notre activité physique à un rythme de 90 ou 120 minutes à chaque fois. Autour de 15 ou 16 heures dans l’après-midi, nous atteignons la phase la plus basse dans nos cycles circadiens et ultradiens. C’est un point critique qui touche tout le monde et qui aussi le moment où notre fatigue culmine. Ceci explique pourquoi, à travers l’histoire, tant de cultures ont accepté la sieste en début d’après-midi. Winston Churchill est un des plus célèbres pratiquants de la sieste. Il disait lui-même : « Vous accomplirez plus. Vous avez deux jours en un, ou au moins un jour et demi. »

Sur la question de l’exercice physique, étant donné le nombre de bénéfices qui lui sont attribués, il semble incroyable que la majorité des Français n’en fasse presque pas. L’explication est pourtant simple : améliorer sa force et son endurance demande de sortir de notre zone de confort. Cela prend du temps avant que les bénéfices arrivent, et la plupart d’entre nous arrêtent avant. Les auteurs expliquent qu’il faut privilégier l’entraînement fractionné (« interval training ») plutôt que l’entraînement continu. Cela suppose des périodes courtes d’exercice modéré avec des périodes courtes de repos. Une plus grande quantité d’exercice intense peut-être pratiquée avec des intervalles de repos. L’entraînement fractionné est un moyen d’améliorer la taille de son réservoir d’énergie et de tolérer plus de stress (au sens musculaire du terme), mais aussi de récupérer plus facilement. La dépense et la récupération d’énergie sont des process physiologiques actifs. L’expérience des auteurs les amènent à penser que n’importe quelle dépense linéaire d’énergie, qu’elle soit physique, émotionnelle, mentale ou spirituelle, n’est pas optimale du point de vue de la performance et potentiellement destructive dans le temps. Un engagement total demande une réponse flexible et rapide à ce dont nous devons faire face dans nos vies, mais aussi une capacité à restaurer notre équilibrer efficacement et rapidement.

Entraîner nos muscles (notre force) est aussi important que s’entraîner en « cardio », en partie parce que la perte de force physique est en lien direct avec l’âge et avec une réduction de notre quantité d’énergie disponible. En moyenne, nous perdons presque une demi-livre de muscle par an après 40 ans en absence d’entraînement musculaire.

En bref, minimiser ou éviter le stress (au sens musculaire et cardiovasculaire du terme) est aussi destructif pour notre énergie que du stress excessif sans récupération.

 

Chapitre 5 : Energie émotionnelle : transformer la menace en challenge

 

Du point de vue des auteurs, l’intelligence émotionnelle est simplement la capacité à gérer ses émotions au service d’une énergie positive et d’un engagement complet. En termes pratiques, les « muscles » clés ou les compétences qui vont nous donner des émotions positives sont la confiance en soi, le self-control, nos relations sociales (et leur efficacité) ainsi que l’empathie. D’autres plus petits « muscles » incluent la patience, l’ouverture, la confiance et la joie.

Nous traitons notre énergie émotionnelle comme nous traitons notre énergie physique : nous soumettons nos « muscles » à des stress, parfois sans prendre suffisamment de temps de récupération.

Les auteurs insistent sur le fait que les émotions négatives sont coûteuses et inefficientes, spécialement la colère et la dépression, allant jusqu’à altérer notre santé sur le long terme. Ils citent une étude réalisée sur 678 nonnes d’une congrégation américaine. Chaque nonne a du écrire un essai sur sa vie. Il a été montré que les nonnes qui ont exprimé le plus d’émotions positives avaient tendance à vivre plus longtemps que les autres. Les auteurs prennent un autre exemple en les personnes de John McEnroe et Jimmy Connors, les deux stars du tennis. McEnroe est connu pour ses colères sur le court, tandis que Connors a réussi à se calmer avec l’âge et à jouer avec plus de joie et de passion. A un certain niveau, les deux joueurs ont réussi à être numéro 1 mondial pendant plusieurs années et à gagner de nombreux tournois majeurs. Mais du point de vue de l’endurance, McEnroe prit sa retraite à 34 ans quand Connors réussit à atteindre les demi-finales de l’US Open à 39 ans. McEnroe a même expliqué dans son autobiographie : « J’ai dépensé trop d’énergie à être en colère ».

L’énergie positive a donc un impact important dans nos organisations. L’institut Gallup a montré que le facteur le plus important pour prédire la productivité d’un employé est son rapport avec son supérieur direct. Plus spécifiquement, les facteurs clés de la productivité résident dans le fait de se sentir apprécié par son supérieur. La capacité à communiquer de manière constante de l’énergie positive est donc au cœur d’un bon management.

N’importe quelle activité qui est appréciable, qui permet de nous accomplir et de nous affirmer nous incite à développer des émotions positives. La clé est de rendre ces activités prioritaires, et de « sanctuariser » le temps qui leur est consacré. C’est un ingrédient critique de la performance durable.

La profondeur ou la qualité de notre récupération émotionnelle est un autre sujet, qui dépend de notre capacité à être absorbé et enrichi par notre activité. La télévision est par exemple l’un des moyens privilégiés par les gens pour se relaxer et récupérer. Mais en général, regarder la télévision est l’équivalent mental et émotionnel du fait de manger de la junk food.

Créer une oscillation rythmique entre la dépense d’énergie et la récupération d’énergie est tout aussi important du point de vue émotionnel que physique, mais plus compliqué à mettre en place. Pour maintenir une haute performance au travail, l’institut Gallup, toujours, a trouvé que le facteur clé était d’avoir au moins un bon ami au travail. La pulsation d’une bonne relation implique un mouvement rythmique entre le fait de donner et de recevoir, parler et écouter, mettre en valeur l’autre et être mis en valeur.

Il y a des moments où la demande surpasse notre capacité émotionnelle, même si nous recherchons constamment à récupérer. De la même manière que notre capacité à soulever des poids est physiquement limitée, à force d’être trop demandés nos muscles émotionnels faiblissent et les émotions négatives reprennent le dessus. La meilleure manière de faire croître un muscle émotionnel, comme un muscle physique, est de le sortir de sa zone de confort puis de récupérer.

La plus profonde expression de notre capacité émotionnelle est le fait d’expérimenter une gamme complète de sentiments. Parce qu’il est si difficile pour notre cerveau de gérer des sentiments contradictoires, nous avons tendance à choisir un côté, préférant mettre en valeur certaines compétences émotionnelles et allant même jusqu’à dénigrer les autres. Par exemple, nous pouvons surévaluer la sévérité et sous-évaluer la tendresse, ou l’inverse, alors qu’en fait les deux représentent des muscles émotionnels tout aussi importants dans nos vies. La même chose est vraie pour de nombreux autres opposés : self-control et spontanéité, honnêteté et compassion, générosité et sens de l’économie, passion et détachement… Nous ne devons pas choisir un côté, mais bien être capable d’aller d’un côté à l’autre. Toutes les vertus sont imbriquées. L’honnêteté sans la compassion devient par exemple de la cruauté. Notre but ultime est de bouger librement entre nos propres contradictions.

 

Chapitre 6 : Energie mentale : concentration appropriée et optimisme réaliste

 

L’énergie émotionnelle n’est rien sans énergie physique. C’est la même chose pour l’énergie mentale : rien n’interfère plus dans notre engagement et notre performance que notre incapacité à nous concentrer sur notre tâche. Les muscles clés pour obtenir une énergie mentale optimale inclut la préparation mentale, la visualisation, le monologue positif, la gestion du temps effective et la créativité.

Les énergies physique, émotionnelle et mentale se nourrissent les unes des autres. Au niveau physique, une plus grande fatigue qui résulte de trop peu de sommeil ou d’exercices insuffisants fait qu’il est plus difficile de se concentrer. Au niveau émotionnel, des sentiments comme l’anxiété, la frustration et la colère interfèrent avec notre concentration et minent notre optimisme.

Les auteurs pensent que c’est l’énergie mentale dérivée d’un état d’esprit positif qui conduit les personnes à atteindre leurs objectifs de manière régulière. Les pensées négatives peuvent nous aider à diriger notre attention vers certains besoins importants qui ne sont pas remplis, mais cet instinct est finalement différent du pessimisme qui colore notre perception des choses et tend à être une réaction défensive plutôt que génératrice de solutions à nos problèmes.

Plus qu’ailleurs, l’importance de la récupération intermittente de notre énergie mentale est complétement sous-estimée. Dans la plupart des environnements de travail, le message, à la fois explicite et implicite, est que travailler plus longtemps et de manière continue est la meilleure voie vers une grande productivité. Nous ne sommes pas récompensés pour le fait de prendre des pauses régulières, ou pour faire un peu d’exercice en milieu de journée, ou pour un schéma de travail différent de celui où l’on a la tête baissée toute la journée vers nos notes ou notre écran d’ordinateur. Le problème est que penser utilise une grande quantité d’énergie. Le cerveau représente 2% du poids du corps mais consomme 25% de notre oxygène. Dans son livre provocateur, How to Think Like Leonardo da Vinci, Michael Gelb pose la question suivante : où sommes-nous quand nous avons les meilleures idées ? Personne ne répond que les meilleures idées viennent au travail. Les meilleures idées nous viennent quand nous sommes sous la douche, en train de nous promener, en train d’écouter de la musique… Même Léonard de Vinci prenait des pauses de plusieurs heures pendant le chantier de sa peinture « La Cène », et expliquait à son patron que « les plus grands génies accomplissent parfois plus de choses quand ils travaillent moins ».

Le process créatif lui-même est oscillatoire. Il se découpe en cinq étapes : première idée, saturation, incubation, illumination et vérification. Deux étapes de la créativité dépendent clairement de nos compétences logiques et analytiques.  Dans la saturation, l’information est rassemblée de manière méthodique et étape par étape, de sources multiples. L’étape finale, la vérification, repose sur l’analyse, la codification et la traduction de notre avancée créative dans un langage rationnel et accessible. Les trois autres étapes, la première idée, incubation et illumination, sont toutes associées avec l’hémisphère droit, dit « créatif ». Dans chacune de ces étapes, le travail créatif se réalise presque complétement à un niveau inconscient, et souvent après que l’on ait épuisé toutes les solutions rationnelles proposées par notre hémisphère gauche. En bref, la créativité dépend d’un mouvement rythmique entre l’engagement et le désengagement, le fait de penser et de se relaxer, l’activité et le repos.

Des recherches nouvelles montrent que le cerveau opère comme un muscle : il s’atrophie en cas de non-utilisation et augmente en capacité avec un usage régulier, même tard dans la vie. Comme pour les champs physiques et émotionnels, un équilibre entre du stress et du repos apparaît comme un facteur critique pour maximiser notre capacité cognitive.

Pour les auteurs, la gestion du temps en elle-même n’est pas une fin. Elle doit servir l’objectif d’une meilleure gestion de l’énergie. Parce que nous avons un nombre limité d’heures dans une journée, nous devons non seulement faire des choix intelligents sur la manière dont nous les utilisons mais aussi s’assurer que nous avons l’énergie disponible pour investir dans nos priorités les plus hautes. Dans la culture corporate moderne, nous avons l’impression de subir un sens constant d’urgence sans prendre le temps du recul et de pensées réfléchies sur les sujets réellement importants.

 

Chapitre 7 : Energie spirituelle : celui qui a une raison de vivre

 

La quantité d’énergie que nous pouvons dépenser à un moment donné est la réflexion de notre activité physique. Notre motivation à dépenser l’énergie que nous avons est par contre un problème spirituel. L’énergie spirituelle est définie par les auteurs comme une force unique qui nous mène à l’action dans toutes les dimensions de notre vie. Il n’y a aucune connotation religieuse, le sens de spirituel est ici notre connexion à un ensemble de valeurs profondes et à un but qui vont bien au-delà de notre intérêt propre.

Le muscle clé pour notre énergie spirituelle est le caractère : le courage et la conviction de vivre en suivant nos valeurs, même quand cela demande du sacrifice et de passer à travers des moments difficiles. D’autres muscles spirituels incluent la passion, l’engagement, l’intégrité et l’honnêteté.

Comme pour toutes les autres formes d’énergie, il est important de trouver une oscillation pour maintenir notre capacité d’énergie spirituelle : une oscillation entre un état qui va au-delà de notre intérêt propre et un état où nous prenons le temps pour nous reconnecter avec nos valeurs.

C’est souvent au cours d’une tragédie que les gens découvrent l’importance de l’énergie spirituelle. Les auteurs citent l’exemple de Cantor Fitzgerald, une entreprise qui a perdu les deux tiers de ses employés dans la catastrophe du 11 septembre 2001. Plutôt que de fermer la société, le management décida de reverser 25% des profits des cinq prochaines années aux familles des victimes. Cette décision donna aux employés un but au-delà d’eux-mêmes, et ils devinrent de véritables frères d’armes, découvrant au passage des ressources émotionnelles complétement inconnues comme la patience, la compassion ou la capacité à endurer des longues journées de travail sans se plaindre, qui les aidèrent à dépasser le traumatisme.

A un niveau moins tragique, nous connaissons tous au moins une femme qui a réussi à arrêter de fumer quand elle a appris qu’elle était enceinte. Parfois, il est possible qu’elle reprenne la cigarette après la naissance du bébé. L’explication est simple : quand cette femme connecte les conséquences de la cigarette à un but important (ici la santé de l’enfant), elle gagne accès à une source unique de motivation, ici une source d’énergie spirituelle. Alors qu’en temps normal, comprendre instinctivement les dégâts de la cigarette sur sa santé, se sentir coupable à un niveau émotionnel, et même expérimenter des effets négatifs sur son physique sont insuffisants pour la faire changer de comportement.

Certaines activités génèrent un renouveau spirituel considérable sans demander une grande dépense d’énergie. Cela peut inclure se promener dans la nature, lire un livre inspirant, écouter de la musique… Les pratiques spirituelles, par contre, peuvent renouveler notre énergie tout en étant très demandeuse. La méditation, par exemple, demande un énorme effort de concentration. La même chose est vraie pour tous les services rendus aux autres, qui peuvent impliquer un énorme effort de notre part et même de l’inconfort, mais peuvent également être une profonde source de satisfaction et nous donner un sens.

Développer notre capacité spirituelle demande de subordonner nos propres besoins à quelque chose au-delà de notre intérêt propre. Une inquiétude peut naître de ce positionnement : si je me concentre sur les autres, qui va se préoccuper de moi ? L’ironie est qu’être tourné sur soi-même draine notre énergie et limite notre performance. Le plus préoccupé nous sommes avec nos propres peurs et problèmes, le moins d’énergie nous avons de disponible pour prendre des actions positives.

Ce que l’homme a besoin n’est pas un état de tranquillité mais bien un objectif compliqué à atteindre qui va lui demander des efforts.

 

Partie 2 : Le système d’entraînement

 

Chapitre 8 : Définir l’objectif : les règles de l’engagement

 

Si notre développement se fait du bas vers le haut – de l’énergie physique vers l’émotionnelle vers la mentale vers la spirituelle – le changement se réalise du haut vers le bas.

La recherche de sens et d’un but est un des thèmes les plus puissants et les plus anciens dans toutes les cultures depuis les origines. On la retrouve dans l’Odyssée d’Homère et Jésus, Bouddha, Moïse et Mahomet sont autant de personnes ayant animées cette recherche.

Vivre pour réaliser notre but est le challenge d’une vie, car le voyage continue et le héros que nous sommes est toujours prêt à s’attaquer à un nouvel objectif. Peu d’entre nous sont satisfaits d’être ordinaires, et pourtant peu d’entre nous s’engagent sur la voie du héros. La réalité, simple et presque embarrassante, est que nous nous sentons trop occupés pour prendre du recul et réfléchir au sens de notre vie. Beaucoup d’entre nous sont comme des somnambules à travers notre vie, vivant sur pilote automatique. Quand on demande aux gens leurs vraies valeurs, leur véritable objectif dans leur vie, ils répondent souvent des banalités du style « prendre soin de ma famille » ou « avoir du succès dans ma vie professionnelle » (non pas que ce ne soit pas important). La vérité est que les gens ne ressentent de passion envers rien.

Les choses qui nous empêchent de prendre du recul et de trouver du sens à notre vie sont l’échec d’être engagé activement dans notre vie et une certaine paresse qui permet aux autres de nous dicter nos objectifs de vie et de prendre des décisions à notre place.

Pour les auteurs, il est important de mesurer la puissance de nos buts. Un but est une source unique de pouvoir et d’énergie. Un but va alimenter notre concentration, direction, passion et persévérance. Les auteurs demandent alors de prendre un papier et un crayon et de passer un petit moment à répondre à ces trois questions, en utilisant une échelle de 1 à 10.

–          A quel point sommes-nous excité d’aller au travail matin ?

–          A quel point apprécions-nous de faire ce que nous faisons simplement pour ce que c’est plutôt que pour ce que ça nous rapporte ?

–          A quel point nous considérons-nous attachés à un ensemble de valeurs profondes ?

Avec un score inférieur à 22, les auteurs supposent que nous sommes probablement dans le mode « pilote automatique », sans avoir de véritable but dans la vie, qui donne du sens à notre existence.

Une source négative de but arrive souvent face à des menaces, physiques ou psychologiques. Quand nous sentons que notre sécurité et survie sont en jeu, des émotions comme la colère, la peur voire la haine peuvent être une source puissante d’énergie. Le problème est le coût sur la durée : les émotions négatives drainent notre énergie et amène le relâchement d’hormones néfastes pour la santé. Les auteurs prennent un exemple où nous sommes sur un bateau avec une voie d’eau. Notre objectif immédiat est d’écoper, mais tant que nous sommes en train d’écoper nous ne pouvons pas donner une direction au bateau. La même chose est vraie pour nos vies : quand nous sommes occupés à réparer notre bateau ou à écoper, il nous reste très peu d’énergies pour définir un but plus profond.

Un but peut devenir une plus grande source d’énergie quand il passe d’une motivation externe à une motivation interne. Une motivation externe reflète le désir d’avoir plus de quelque chose que nous pensons n’avoir pas assez : argent, reconnaissance, standing social, pouvoir et même amour. Une motivation interne vient du désir de s’engager dans une activité pour ce qu’elle est, pas pour ce qu’elle nous rapporte. Les limites d’une motivation externe s’illustrent parfaitement avec le problème de l’argent. Quand l’argent sert comme une source primaire de motivation pour la plupart d’entre nous, des études ont montré qu’il n’existe aucune relation entre le niveau de bonheur et l’argent possédé. Entre 1957 et 1990, le niveau de revenus a doublé aux Etats-Unis en prenant en compte l’inflation, pourtant sur cette période les rapports sur les niveaux de bonheur n’ont pas montré d’amélioration tandis que les taux de dépression ont été multiplié par 10. Nous avons besoin de nourriture, de repos et de contact social. Bien sûr, pour les gens touchés par la faim l’argent pourrait apporter plus de bonheur. Mais une fois que nous vivons confortablement… Par contre, le fait d’être heureux peut largement améliorer notre productivité. E d’autres termes : l’argent ne fait pas le bonheur mais le bonheur peut nous aider à devenir riche.

Le troisième facteur qui donne un meilleur sens à notre vie est de passer à compléter nos propres besoins au fait de désirer réaliser quelque chose au-delà de nous-mêmes. La plupart des gens reprochent à leur environnement de travail d’être responsables de leur malheur et de leur absence de passion. Mais ce n’est pas nécessairement la nature de notre travail qui détermine à quel point il est motivant et a du sens. Le challenge auquel nous faisons tous face est de trouver des façons d’utiliser le lieu de travail comme un endroit où nous pouvons exprimer et respecter nos valeurs les plus profondes.

Clarifier son but prend du temps qui est quelque chose que parfois nous n’avons pas. Nous courons d’une obligation à une autre sans avoir une direction générique. Il semble presque gênant d’utiliser du temps pour penser à soi sur des questions de sens et de but. Ce temps doit être investi sur ces questions avec un potentiel de retour sur le temps : plus d’énergie, meilleur engagement, plus grande productivité et plus grande satisfaction. Une question simple à se poser pour commencer est : est-ce que la vie que je mène vaut ce que j’abandonne pour la vivre ?

Un but est construit sur un ensemble de valeurs profondes. Elles définissent un code de conduite moral, qui va bien au-delà de la poursuite du pouvoir ou de l’argent. Pour nous aider à définir nos valeurs, les auteurs conseillent de se poser les quatre questions suivantes :

–          Allons directement à la fin de notre vie. A ce moment-là, quelles sont d’après nous les trois plus importantes leçons que nous avons apprises, pourquoi sont-elles aussi importantes ?

–          Pensons à quelqu’un que nous respectons énormément. Décrivons trois qualités chez cette personne que nous admirons le plus.

–          Qui sommes-nous à notre meilleur ?

–          Quelle phrase souhaitons-nous voir inscrite sur notre tombe qui pourrait capturer ce que nous sommes vraiment dans la vie ?

Une valeur n’est finalement qu’une roadmap pour agir. Une valeur en action devient alors une vertu.

Nous pouvons par exemple avoir la générosité comme valeur, mais la vertu est d’agir généreusement. Identifier nos valeurs n’est pas suffisant, la prochaine étape est définir plus précisément comment nous avons l’intention de mettre en action ces valeurs dans nos vies quotidiennes, quelles que soient les pressions extérieures.

Les auteurs donnent une liste non-exhaustive de valeurs profondes :

–          Authenticité

–          Equilibre

–          Engagement

–          Compassion

–          Attention aux autres

–          Courage

–          Créativité

–          Empathie

–          Excellence

–          Justice

–          Foi

–          Famille

–          Liberté

–          Amitié

–          Générosité

–          Authenticité

–          Bonheur

–          Harmonie

–          Santé

–          Honnêteté

–          Humour

–          Intégrité

–          Gentillesse

–          Savoir

–          Loyauté

–          Ouverture

–          Persévérance

–          Respect des autres

–          Responsabilité

–          Sécurité

–          Sérénité

–          Service aux autres

Les valeurs nous donnent un nouveau standard pour gérer notre énergie. Si nous avons pour valeur « santé », nous arriverons mieux à résister à la tentation d’un cookie, d’une cigarette ou d’une boisson alcoolisée. Si nous avons pour valeurs « respect des autres », nous arriverons mieux à exercer du « self-control » en compagnie des gens dans des périodes de stress intenses.

Une vie conduite en respectant nos valeurs augmente la possibilité que nous apporterons de la passion, de l’engagement et de la persévérance dans ce que nous faisons.

La prochaine étape dans la définition de notre but sera de créer une vision de comment nous avons l’intention de dépenser notre énergie. Cette vision va devenir notre plan d’action, et une protection contre notre inclinaison à prendre des décisions de manière réactive plutôt que réflexive.

 

Chapitre 9 : Faire face à la vérité : comment gérez-vous votre énergie en ce moment ?

 

C’est une chose que de clarifier nos valeurs, mais c’en est une autre de se comporter d’après nos valeurs chaque jour de notre vie. Faire face à la vérité entre qui nous voulons être et ce que nous sommes réellement n’est jamais facile. Chacun d’entre nous a une capacité infinie pour ignorer ce genre de choses.

Il existe énormément de façons d’être en déni de la réalité, à savoir qui nous sommes vraiment. Ne plus rien ressentir, peu importe à quel point c’est dérangeant, est un moyen. Rationaliser est une autre défense contre la vérité (« d’accord je suis rude avec mes collègues, mais c’est juste une façon de faire en sorte que le travail soit réalisé plus rapidement »). On peut également intellectualiser (accepter une vérité sans la mettre en œuvre) ou se projeter (voir chez les autres nos propres défauts). On peut aussi somatiser (convertir des émotions non-reconnues comme la colère et l’anxiété en des douleurs physiques).

Regarder honnêtement à notre propre comportement n’est que la première étape. Il est également très important de prendre responsabilité pour les choix que nous faisons. Le challenge n’est pas seulement de prendre conscience que nous sommes par exemple en surpoids, mais également de faire face aux conséquences de ce surpoids : moins d’énergie, plus grand taux de risque de diabète…

Le plus grand mal n’est donc pas de pécher, mais bien le refus d’en prendre conscience.

Faire face à la vérité nous demande de faire un audit de notre vie et de nous tenir responsables des conséquences sur notre énergie de nos comportements.  Les auteurs proposent de prendre une trentaine de minutes pour répondre aux questions suivantes :

–          Sur une échelle de 1 à 10, comment est-on engagé totalement dans notre travail ? Qu’est-ce qui nous empêche d’avoir un meilleur score ?

–          A quel point notre comportement de tous les jours sert-il nos missions et respecte-t-il nos valeurs ? Que fait-on tous les jours qui ne serve pas nos valeurs ?

–          A quel point incarne-t-on nos valeurs au travail, à la maison, dans notre communauté ?

–          A quel point nos choix physiques (nutrition, exercice, sommeil, équilibre entre stress musculaire et repos) servent nos valeurs ?

–          Est-ce que nos réponses émotionnelles, au travail comme à la maison, sont cohérentes avec nos valeurs ? Si oui, en quoi ?

–          A quel degré établissons-nous des priorités claires et une concentration poussée sur des tâches ?

–          Comment nos habitudes de sommeil, de nourriture et d’exercice affectent notre énergie disponible ?

–          Quelle quantité d’énergie négative investissons-nous dans des émotions comme la frustration, la colère, la peur, le ressentiment, l’envie en comparaison avec la quantité d’énergie positive que nous dépensons au service de notre productivité et de notre amélioration ?

–          Quelle quantité d’énergie investissons-nous en nous-mêmes, et dans les autres, et sommes-nous confortables avec cette répartition ? Comment les personnes qui sont le plus proches de nous ressentent-ils cet équilibre ?

–          Quelle quantité d’énergie dépensons-nous à nous inquiéter, à se sentir frustrés et à essayer d’influencer des événements au-delà de notre contrôle ?

–          Finalement, est-on sage et productif dans notre investissement d’énergie ?

Les barrières à l’engagement total sont nombreuses et altèrent le flux optimal de notre énergie.  Qu’elles soient l’impatience, le manque d’empathie ou une mauvaise gestion du temps, elles sont problématiques parce qu’elles ont des conséquences énergétiques négatives, dans notre propre vie et dans celle des autres. Les barrières les plus communes sont :

–          Faible niveau d’énergie

–          Impatience

–          Etre sur la défensive

–          Attitude négative

–          Etre critique envers les autres

–          Faible tolérance au stress

–          Irritabilité

–          Faible dans le travail d’équipe

–          Inflexibilité

–          Grande anxiété

–          Mauvaise gestion du temps

–          Manque de confiance dans les autres

–          Manque d’intégrité

–          Ne pas réussir à prendre de décisions

–          Mauvaises compétences de communication

–          Mauvaises compétences d’écoute

–          Manque de passion

–          Faible confiance en soi

–          Manque d’empathie

–          Dépendance

–          Pauvre équilibre vie-travail

–          Pensées pessimistes

Les auteurs concluent ce chapitre en insistant sur le fait que nous devons faire face à la vérité et reconnaître nos défauts et notre mauvaise gestion d’énergie, le cas échéant.

 

Chapitre 10 : Passer à l’action : le pouvoir des rituels positifs

 

Toujours en prenant des exemples dans le domaine du tennis, les auteurs citent le joueur Ivan Lendl, qui était loin d’être le joueur le plus talentueux de son époque. Pourtant, il réussit à atteindre la première place au classement mondial cinq années de suite. Il tenait sa force des routines qu’il avait construites. Routines sportives bien sûr, avec de nombreuses heures sur le court, mais aussi routines dans sa vie en général. Quoi qu’il fasse, il était totalement engagé ou stratégiquement désengagé. Ivan lendl avait méticuleusement programmé ses temps de repose et de relaxation. Sur le court, il avait également tout un ensemble de rituels : le même nombre de rebonds de sa balle avant de servir, le fait de se taper les talons entre chaque point… Ce que Lendl a parfaitement compris est le pouvoir positif des rituels, à savoir des comportements précis, acquis consciencieusement et qui deviennent des automatiques dans nos vies grâce à un sentiment fort de but et d’objectif à atteindre.

Les rituels positifs sont puissants à trois niveaux : ils nous assurent que notre énergie est effectivement dépensée au service de notre objectif, ils sont une discipline pour agir et ils transforment nos valeurs en actions.

C’est surtout en cas de problèmes que les rituels deviennent importants : plus les problèmes et les difficultés s’accumulent, plus nous sommes inclinés à revenir à des mauvais comportements. Le fait d’avoir des rituels dans ces cas-là nous prémunie contre cet effet. Chaque fois que nous participons à un rituel, nous exprimons nos convictions, verbalement ou plus implicitement. Une famille qui s’assoie pour le dîner ensemble tous les soirs dit sans un mot qu’elle croit à l’importance de partager des moments régulièrement.

Notre volonté est limitée : avoir des rituels assure que nous ne puisons pas dans cette réserve de volonté. La triste vérité est que nous ne pouvons que prendre un nombre limité de décisions par jour : le reste doit être contrôlé par des rituels, jusqu’aux actions les plus insignifiantes, comme se brosser les dents, prendre sa douche, remplir son frigo, embrasser sa femme…

Le rôle le plus important des rituels est d’assurer un équilibre efficace entre la dépense et la récupération d’énergie au service de l’engagement total. Les meilleures performances sont réalisées par des gens qui ont des rituels qui optimisent leur équilibre entre stress et récupération. La récupération ne passe pas forcément par une sieste, incompatible avec la vie moderne et le monde de l’entreprise, mais peut simplement être des exercices de respiration, ou quelques minutes de lecture sur un sujet différent.

Les rituels doivent être positifs : on doit faire quelque chose plutôt que ne pas faire quelque chose. Se retenir de faire quelque chose va drainer dans notre réserve de volonté. Par exemple, au lieu de dire « je ne vais pas prendre de dessert », on préférera dire « je vais prendre un fruit ».

Pour construire des rituels, les auteurs conseillent d’y aller doucement, par incrément, en se concentrant sur un changement à la fois, et en essayant d’atteindre des objectifs réalistes. Par exemple, si nous sommes complétement sédentaires et souhaitons nous remettre au sport, une séance de 30 minutes par semaine les trois premières semaines est déjà un bon objectif. Le changement n’arrivera pas à moins que nous ne sortions de notre zone de confort, mais y aller trop fort augmente les chances que nous abandonnions.

Deux comportements sont également conseillés par les auteurs si on souhaite installer pour de bon des rituels dans notre vie : prendre un moment chaque jour pour faire le point sur le rituel que nous sommes en train d’installer et le reconnecter à nos valeurs ; et noter notre progrès qui est un moyen de régulièrement faire face à la vérité concernant le « gap » entre notre intention et notre comportement réel. Noter notre progrès est une protection contre notre capacité à nous mentir sur notre comportement, et une source d’information concernant les obstacles qui nous restent à vaincre.

Quand nous n’arrivons pas à implémenter un rituel plusieurs explications sont possibles : peut-être que le rituel ne prend pas sa source à une valeur ou une vision dont nous nous revendiquons ; peut-être que notre objectif est trop ambitieux et doit être implémenté plus lentement et plus progressivement ; peut-être que le rituel est tout simplement mauvais et doit être repensé.

Quelle que soit l’explication, mesurer le progrès à la fin de la journée ne doit pas être utilisé comme une arme contre nous-même mais comme une manière instructive de remarquer les changements qui s’opèrent en nous.

 

Mon avis sur le livre :

 

Le sujet du livre m’a fortement intéressé car je ressens souvent de la frustration dans mes activités, à cause de mes capacités de concentration (par exemple au travail) ou à cause de mon manque d’engagement dans le temps (quand j’essaie de me remettre au sport). Ainsi m’aider à gérer mon énergie et à bâtir des rituels est un sujet qui me parle.

Les auteurs ont une manière très pragmatiques d’aborder les choses, et les multiples exemples qui fourmillent à travers le livre où les auteurs reprennent en charge la vie de leurs clients en est la parfaite illustration : ils ne chamboulent pas tout avec des méthodes destinées à changer la vie des gens, mais insèrent au fur et à mesure des petits changements qui ont de grandes conséquences. Souvent ces petits changements sont évidents : dormir un peu plus, manger un peu mieux, faire le bilan sur ses valeurs, prendre un peu plus de temps pour soi pour ne plus subir mais être acteur… Finalement leur message est que rien ne sert de se concentrer quinze heures par jour à une activité (dans 99% des cas son travail) si nous n’avons pas une routine de vie saine qui nous assure une bonne quantité dans les quatre types d’énergie différents.

C’est en tout cas un sujet complexe car chacun a des façons différentes de se ressourcer, mais inutile de se mentir : nous sommes tous capables d’identifier certains de nos comportements qui ne servent pas nos objectifs à long terme.

Ce livre fait réfléchir et nous donne des pistes pour nous améliorer tout en allant à contre-courant de certaines pratiques modernes. Une lecture que je conseille !

 

  • xav

    Excellent, j’ai notamment bien aimé la théorie (est ce démontré sur les rituels permettant d’emmagasiner de l’énergie).